Les Pères de l’Église

Saint Ambroise

Je pense qu’on peut aussi appeler « Cieux » l’âme dans laquelle le Christ vient. Il frappe à la porte, et si tu ouvres il entre. Il n’entre pas seul, il entre avec le Père : « Moi et le Père, nous viendrons, et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23). Le Verbe de Dieu éveille celui qui dort, appelle celui qui prend du loisir. Car Celui qui frappe à la porte veut entrer, toujours. Qu’il entre ou n’entre pas ne dépend que de nous. Ouvre la porte ! Dilate ton cœur : qu’il y voie des richesses de simplicité, des trésors de paix, la douceur de la grâce. Accours vers cette lumière du Soleil qui « illumine tout homme » (Jn 1,9). Cette vraie lumière brille pour tous ; mais si quelqu’un ferme sa fenêtre, il se prive de la lumière. Tu exclus le Christ si tu fermes la porte de ton esprit. Le Christ a toujours pouvoir d’entrer, mais il ne veut pas faire irruption comme un importun, forcer les gens qui ne le désirent pas. Le Verbe veut toujours être cherché et souvent trouvé. Si la porte est fermée, il frappe ; si on le fait attendre, il part. Mais il revient sans tarder et frappe à nouveau. »

Homélie sur le Ps 119

Saint Jean Chrisostome

« Certains d’entre vous prétextent qu’ils ne sont pas moine, qu’ils ont femme et enfants… Tu estimes la lecture des divines Ecritures réservée aux seuls moines, alors qu’elle te serait bien plus nécessaire qu’à eux » (Sur Mt 2,5).

« A la maison, dressez deux tables, l’une avec les plats de la nourriture, l’autre avec les plats de l’Ecriture (Sur Gn 6,2). »

Saint Césaire d’Arles

« Les saintes Écritures nous ont été transmises pour ainsi dire comme des lettres venues de notre patrie. Notre patrie, en effet, c’est le paradis ; nos parents, ce sont les patriarches, les prophètes, les apôtres et les martyrs ; nos concitoyens, les anges ; notre roi, le Christ. Quand Adam a péché, nous avons alors été pour ainsi dire jetés, en lui, dans l’exil de ce monde ; mais parce que notre roi est pieux et miséricordieux plus qu’on ne peut le penser ou le dire, il a daigné nous envoyer, par l’intermédiaire des patriarches et des prophètes, les saintes Écritures, comme des lettres d’invitation, par lesquelles il nous invitait dans notre éternelle et première patrie.
Et comme, dans un esprit de rébellion, la faiblesse humaine dédaignait ses écrits, il a daigné descendre en personne pour nous libérer tout à la fois de la tyrannie et de l’orgueil du diable… et il nous a invités, dans sa clémence et sa miséricorde à régner avec lui.
Dans ces conditions, frères très chers, quelle idée se font d’eux-mêmes les serviteurs qui ont ainsi la présomption de mépriser les préceptes de leur Seigneur au point de ne même pas daigner relire les propres lettres d’invitation par lesquelles il les invite à la béatitude de son royaume ?
Les cultivateurs s’efforcent de semer différentes sortes de semences afin de pouvoir se préparer une nourriture suffisante pour eux-mêmes et pour les leurs. Combien plus, lorsqu’il s’agit de bénéfices spirituels, ne devez-vous pas vous contenter d’entendre lire la Parole de Dieu à l’église : vous devez prolonger la lecture sacrée dans vos maisons, au cours de vos repas, et, quand les jours sont courts, y consacrer encore quelques heures de nuit. C’est ainsi que vous amasserez un froment spirituel dans le grenier de votre cœur et rangerez dans le trésor de vos âmes les perles précieuses des Écritures.
Je vous prie, frères bien-aimés, de vous appliquer à consacrer à la lecture des textes sacrés autant d’heures que vous le pourrez. Et puisque les lectures… dont nous avons voulu nous munir dans cette vie sont la nourriture de l’âme pour l’éternité, que personne ne cherche d’excuse en disant qu’il n’a pas du tout appris à lire ; car ceux qui ne savent pas lire, s’ils aiment vraiment Dieu, essaient de trouver des gens instruits capables de leur lire les saintes Écritures…
Et comme il arrive souvent qu’un homme instruit manque de nourriture et de vêtement et qu’un autre qui ne sait pas lire possède une plus grande fortune, que celui qui ne sait pas lire et regorge de biens terrestres s’adjoigne ce pauvre instruit et qu’ils se donnent l’un à l’autre ce dont chacun a besoin ; que l’un nourrisse l’autre de la douceur de Dieu en lisant sa Parole, que l’autre fournisse au premier sa subsistance terrestre et ne le laisse pas souffrir dans le besoin ; que celui qui est instruit rassasie l’âme du riche ; que le riche réchauffe de vêtements le corps débile du pauvre et le restaure de nourriture terrestre. Si cela est fait avec charité, ce mot de l’Écriture s’accomplira en eux : « Le riche et le pauvre sont allés au devant l’un de l’autre ; le Seigneur les a créés tous deux » (Prov 22, 2).
Quand nous poussons les gens à s’appliquer à la lecture, il y en a qui cherchent à s’excuser en disant que, soit à cause de leurs obligations militaires, soit à cause de l’administration de leur maison, ils ne peuvent avoir le loisir de s’adonner à la lecture des textes sacrés. Mais… quand les jours sont courts, ceux qui ne prolongent pas jusqu’au milieu de la nuit leurs dîners somptueux et raffinés en s’enivrant, peuvent lire suffisamment dès le chant des coqs…. En effet, alors que le genre humain tout entier a en lui un homme intérieur et un homme extérieur, l’homme intérieur fait à l’image de Dieu, l’homme extérieur fait du limon de la terre, est-il juste que l’homme extérieur, fait de terre, se soutienne de quantité de mets raffinés et très souvent se rassasie même deux fois par jour, tandis que l’homme intérieur, fait à l’image de Dieu, n’est pas soutenu par la nourriture de la parole de Dieu dont l’âme se nourrit, parfois pendant plusieurs jours ou, ce qui est pire, même pendant des mois ?
D’où il est à craindre que si quelqu’un par négligence ou ignorance en vient à accueillir avec dégoût la lecture des textes sacrés, c’est peut-être que son âme a été tellement affaiblie par la faim de la parole de Dieu que non seulement elle ne veut plus mais ne peut plus prendre sa nourriture… »
Monition sur la méditation de la Parole de Dieu (Sermons 6 à 8) – Cf. Sources Chrétiennes, 175. Cerf

Guillaume de Saint Thierry

« Que personne n’essaye de s’excuser en disant : « Je n’ai pas le temps de lire… » Qu’aucun de vous n’aille dire non plus : « Je ne sais pas lire… » Voilà une excuse vaine, frères bien-aimés, et qui ne sert à rien. Tout d’abord, même si un illettré ne peut lire l’Écriture Sainte, rien ne l’empêche d’écouter avec bonne volonté celui qui lit. Quant à celui qui sait lire, ne peut-il se procurer des livres où il puisse lire à loisir la sainte Écriture ?…
Que le Christ vous aide, frères très chers, à toujours accueillir la lecture de la Parole de Dieu avec un cœur avide et assoiffé : ainsi, votre obéissance très fidèle vous remplira de joie spirituelle. Mais si vous voulez que les Saintes Écritures aient pour vous de la douceur et que les préceptes divins vous profitent autant qu’il le faut, soustrayez-vous, pendant quelques heures, à vos préoccupations profanes. Relisez, dans vos maisons, les paroles de Dieu, consacrez-vous entièrement à sa miséricorde. Ainsi vous réussirez à réaliser en vous ce qui est écrit de l’homme bienheureux : « Il méditera jour et nuit la loi du Seigneur ». Et aussi : « Heureux ceux qui scrutent les commandements, ils les rechercheront de tout leur cœur » et enfin : « J’ai mis tes paroles au fond de mon cœur pour ne pas pécher contre toi ». »
Monition sur la méditation de la Parole de Dieu (Sermons 6 à 8) – Cf. Sources Chrétiennes, 175. Cerf

Saint Ephrem

« Ta parole en ton Fils ne fut rien d’autre que la mise en lumière, en plein soleil, manifestant combien et comment tu nous aimes, toi qui n’as pas épargné ton Fils, mais l’as livré pour nous tous. Lui aussi nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous. Telle est ta Parole à nous, Seigneur, ta toute-puissante Parole. Oui, alors que l’abîme de l’erreur étouffait toutes choses sous un profond silence, il vint de son trône royal, dur combattant de l’erreur et doux commensal de l’amour. Et tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit et souffert sur cette terre, jusqu’aux opprobres, aux crachats et aux soufflets, jusqu’à la croix et au sépulcre, tout de lui ne fut rien d’autre que ta Parole à nous, pour nous, en ton Fils, nous appelant par ton amour et suscitant pour toi notre amour. »
De la Contemplation

Grégoire de Nysse

Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite.

La parole de Dieu est un arbre de vie qui, de tous côtés, te présente des fruits bénis ; elle est comme ce rocher qui s’est ouvert dans le désert pour offrir à tous les hommes une boisson spirituelle. Selon l’Apôtre, ils ont mangé un aliment spirituel, ils ont bu à une source spirituelle. Celui qui obtient en partage une de ces richesses ne doit pas croire qu’il y a seulement, dans la parole de Dieu, ce qu’il y trouve. Il doit comprendre au contraire qu’il a été capable d’y découvrir une seule chose parmi bien d’autres. Enrichi par la parole, il ne doit pas croire que celle-ci est appauvrie ; incapable de l’épuiser, qu’il rende grâce pour sa richesse. Réjouis-toi parce que tu es rassasié, mais ne t’attriste pas de ce qui te dépasse. Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de ne pouvoir épuiser la source. Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur.
Rends grâce pour ce que tu as reçu et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n’as pas pu recevoir aussitôt, à cause de ta faiblesse, tu le recevras une autre fois, si tu persévères. N’aie donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d’un seul trait ce qui ne peut être pris en une seule fois ; et ne renonce pas, par négligence, à ce que tu es capable d’absorber peu à peu. »
« J’ai ôté ma tunique, comment la remettrai-je ? J’ai lavé mes pieds, comment les salirai-je ? » (Ct 5,3). L’Épouse (c’est-à-dire, le croyant) a bien écouté le Verbe qui l’invitait à devenir sœur, amie, colombe et parfaite, pour permettre à la Vérité d’entrer dans son âme. Elle a fait ce qu’on lui disait en se dévêtant de la tunique de peau, dont elle avait été enveloppée après le péché (Gn 3,21), et en lavant ses pieds de la poussière dont ils s’étaient couverts, lorsqu’elle avait quitté pour la terre le séjour du paradis, après avoir entendu cette parole : « Tu es terre, et tu retourneras à la terre » (Gn 3,19). Elle a ainsi ouvert au Verbe une entrée dans son âme, car elle a écarté le voile de son cœur, c’est-à-dire la chair. Par chair, j’entends le vieil homme que le divin Apôtre invite ceux qui doivent laver dans le bain du Verbe la boue des pieds de leur âme à dépouiller et à déposer (Col 3,9). Celui donc qui a dépouillé le vieil homme et qui a enlevé le voile du cœur a ouvert une entrée au Verbe. Et celui-ci une fois entré, l’âme s’en fait un vêtement selon l’enseignement de l’Apôtre qui invite celle-ci à dépouiller le vêtement en lambeaux du vieil homme, à revêtir la tunique nouvelle créée selon Dieu dans la sainteté et la justice (Ep 4,24). Et ce vêtement, il nous le dit, est Jésus.
Homélie sur le Cantique des Cantiques

Saint Jean Cassien

« À propos des textes bibliques médités, ne prenez point prétexte de ce qu’ils vous sont connus pour faire une moue dédaigneuse ; mais confiez-le à votre cœur avec cette avidité que nous devons toujours avoir, soit à prêter l’oreille aux désirables Paroles du salut, soit à les proférer nous-mêmes. Si fréquemment que les vérités saintes nous soient exposées, jamais une âme qui a soif de la vraie connaissance n’en éprouvera de satiété ni d’aversion. Elles lui seront nouvelles chaque jour, chaque jour également désirées. Plus souvent elle s’en sera nourrie, plus elle se montrera avide de les entendre ou d’en parler.
Leur répétition confirmera la connaissance qu’elle en a, loin que les conférences multipliées lui donnent un soupçon de dégoût. C’est l’indice évident d’une âme tiède et superbe, de recevoir avec ennui et indifférence la Parole du salut, quand même il y aurait de l’excès dans l’assiduité qu’on met à la lui faire entendre : « Celui qui est rassasié foule aux pieds le rayon de miel ; mais à celui qui est dans le besoin, cela même qui est amer parait doux » (Pr 27,7).
Recueillie avec empressement, soigneusement déposée dans les retraites de l’âme, munie du cachet du silence, il en sera de la doctrine comme de vins au parfum suave, qui réjouissent le cœur de l’homme. Ainsi que la vieillesse fait le vin, la sagesse, qui tient lieu à l’homme de cheveux blancs, et la longanimité de la patience la mûriront. »
Conférence (14, 13)

Origène

Je crains que les livres divins ne soient voilés pour nous et même scellés, à cause de la négligence et de la dureté de nos cœurs… Il ne nous suffit donc pas d’apporter du zèle à l’étude des lettres sacrées, mais il nous faut supplier le Seigneur et l’implorer jour et nuit pour que vienne l’Agneau de la tribu de Juda qui, prenant ce livre scellé, daignera l’ouvrir. Car c’est Lui qui « ouvrant les Écritures » enflamme le cœur des disciples, en sorte qu’ils disent : « Notre cœur n’était pas ardent, alors qu’il nous ouvrait les Écritures ».

Hom. sur l’Exode