Les papes

Jean Paul II

39. Il n’y a pas de doute que ce primat de la sainteté et de la prière n’est concevable qu’à partir d’une écoute renouvelée de la parole de Dieu. Depuis que le Concile Vatican II a souligné le rôle prééminent de la parole de Dieu dans la vie de l’Église, il est certain que de grands pas en avant ont été faits dans l’écoute assidue et dans la lecture attentive de l’Écriture Sainte. L’honneur qu’elle mérite lui est reconnu dans la prière publique de l’Église. Les fidèles et les communautés y recourent désormais dans une large mesure, et parmi les laïcs eux-mêmes, nombreux sont ceux qui s’y consacrent avec l’aide précieuse des études théologiques et bibliques. Et surtout il y a l’évangélisation et la catéchèse qui prennent une nouvelle vigueur précisément lorsqu’on est attentif à la parole de Dieu. Chers Frères et Sœurs, il faut consolider et approfondir cette perspective, en diffusant aussi le livre de la Bible dans les familles. Il est nécessaire, en particulier, que l’écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l’antique et toujours actuelle tradition de la lectio divina permettant de puiser dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, qui oriente, qui façonne l’existence.

40. Nous nourrir de la Parole, pour que nous soyons des « serviteurs de la Parole » dans notre mission d’évangélisation, c’est assurément une priorité pour l’Église au début du nouveau millénaire.

Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte du 6 janvier 2001

C’est en écoutant la parole du Seigneur que l’homme peut vivre en toute dignité et justice ; c’est en observant la Loi de Dieu que l’homme peut porter des fruits de vie et de bonheur : « Quiconque la garde vivra, quiconque l’abandonne mourra » (Ba 4, 1). L’Histoire d’Israël montre qu’il est difficile de rester fidèle à la loi de la vie, que Dieu a inscrite au cœur de l’homme et qu’il a donnée sur le Sinaï au peuple de l’Alliance. Face à la recherche de projets de vie autres que le plan de Dieu, les Prophètes, en particulier, rappellent avec force que seul le Seigneur est la source authentique de la vie. Jérémie écrit : « Mon peuple a commis deux crimes : ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau. » (2, 13)

L’Évangile de la vie

Benoît XVI

 

« Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (Ps 118 [119], 105)

Chers jeunes ! (…) Le thème que je propose à votre méditation est un verset du Psaume 118 [119] « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (v. 105). Le bien-aimé Jean-Paul II a commenté ainsi ces paroles du Psaume : « Celui qui prie se répand en louanges de la Loi de Dieu, qu’il prend comme une lampe pour ses pas sur le chemin souvent obscur de la vie » (Audience générale du 14 novembre 2001 : La Documentation catholique 98 [2001], p.1069). Dieu se révèle dans l’histoire, il parle aux hommes et sa Parole est créatrice. En effet, le concept hébraïque « dabar », traduit habituellement par « parole », signifie à la fois parole et acte. Dieu dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Dans l’Ancien Testament, il annonce aux fils d’Israël la venue du Messie et l’établissement d’une « nouvelle » alliance ; dans le Verbe fait chair, il accomplit ses promesses. Le Catéchisme de l’Église Catholique met bien cela en évidence : « Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là » (n. 65).

L’Esprit Saint, qui a guidé le peuple élu, inspirant les auteurs des Saintes Écritures, ouvre le cœur des croyants à l’intelligence de tout ce qu’elles contiennent. L’Esprit lui-même est activement présent dans la Célébration eucharistique, lorsque le prêtre, prononçant « in persona Christi » les paroles de la consécration, change le pain et le vin en Corps et Sang du Christ, pour qu’ils soient nourriture spirituelle des fidèles. Pour avancer dans notre pèlerinage terrestre vers la Patrie céleste, nous avons tous besoin de nous nourrir de la parole et du pain de Vie éternelle, inséparables l’un de l’autre. Les Apôtres ont écouté la parole de salut et l’ont transmise à leurs successeurs comme une perle précieuse conservée, en toute sûreté, dans l’écrin de l’Église : sans Église, cette perle risque de se perdre ou de se briser. Chers jeunes, aimez la Parole de Dieu et aimez l’Église, qui, en vous apprenant à en apprécier la richesse, vous permet d’accéder à un trésor d’une si grande valeur. Aimez et suivez l’Église, qui a reçu de son Fondateur la mission d’indiquer aux hommes le chemin du vrai bonheur. Il n’est pas facile de reconnaître et de rencontrer l’authentique bonheur dans le monde où nous vivons, où l’homme est souvent l’otage de courants de pensée qui le conduisent, tout en se croyant « libre », à se fourvoyer dans les erreurs ou les illusions d’idéologies aberrantes. Il est urgent de « libérer la liberté » (cf. Encyclique Veritatis splendor, n. 86), d’éclairer l’obscurité dans laquelle l’humanité avance à tâtons. Jésus a indiqué comment cela peut se faire : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 31-32). Le Verbe incarné, Parole de Vérité, nous rend libres et oriente notre liberté vers le bien. Chers jeunes, méditez souvent la parole de Dieu et laissez l’Esprit Saint devenir votre maître. Vous découvrirez alors que les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes. Vous serez amenés à contempler le vrai Dieu et à lire les événements de l’histoire avec ses yeux ; vous goûterez pleinement la joie qui naît de la vérité. Sur le chemin de la vie, qui n’est ni facile, ni privé d’embûches, vous pourrez rencontrer des difficultés et des souffrances et vous serez parfois tentés de vous écrier avec le Psalmiste : « J’ai vraiment trop souffert » (Ps 118 [119], 107). N’oubliez pas d’ajouter, comme lui : « Seigneur, fais-moi vivre selon ta parole… À tout instant j’expose ma vie : je n’oublie rien de ta loi » (ibid., 107.109). La présence aimante de Dieu, à travers sa Parole, est une lampe qui dissipe les ténèbres de la peur et qui éclaire le chemin, même dans les moments les plus difficiles.

L’Auteur de la lettre aux Hébreux écrit : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l’âme jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées do cœur » (4, 12). Il convient de prendre au sérieux l’exhortation à considérer la parole de Dieu comme une « arme » indispensable au combat spirituel ; elle agit efficacement et porte du fruit si nous apprenons à l’écouter, pour ensuite lui obéir. Le Catéchisme de l’Église Catholique explique : « Obéir (ob-audire) dans la foi, c’est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même » (n. 144). Si Abraham est le modèle de cette écoute qui est obéissance, Salomon se révèle, lui aussi, un chercheur passionné de la sagesse contenue dans la parole. Quand Dieu lui propose : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai », dans sa sagesse le roi répond : « Donne à ton serviteur un cœur attentif » (1 R 3,5.9). Le secret pour avoir « un cœur attentif » est de se former un cœur qui sache écouter. On y parvient en méditant sans cesse la parole de Dieu et en y demeurant enracinés, en prenant l’engagement de la connaître mieux.

Chers jeunes je vous exhorte à devenir des familiers de la Bible, à la garder à portée de la main, pour qu’elle soit pour vous comme une boussole qui indique la route à suivre. En la lisant, vous apprendrez à connaître le Christ. Saint Jérôme observe à ce propos : « L’ignorance des Écritures est l’ignorance du Christ » (PL 24, 17 ; cf.Dei Verbum, n. 25). Un moyen assuré pour approfondir et goûter la parole de Dieu est la lectio divina, qui constitue un véritable itinéraire spirituel par étapes. De la lectio, qui consiste à lire et relire un passage de l’Écriture Sainte en en recueillant les principaux éléments, on passe à la meditatio, qui est comme un temps d’arrêt intérieur, où l’âme se tourne vers Dieu en cherchant à comprendre ce que sa parole dit aujourd’hui pour la vie concrète. Vient ensuite l’oratio, qui nous permet de nous entretenir avec Dieu dans un dialogue direct, et qui nous conduit enfin à la contemplatio ; celle-ci nous aide à maintenir notre cœur attentif à la présence du Christ, dont la parole est une « lampe brillant dans l’obscurité, jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans nos cœurs » (2 P 1, 19). La lecture, l’étude et la méditation de la Parole doivent ensuite déboucher sur l’adhésion d’une vie conforme au Christ et à ses enseignements.

Saint Jacques nous avertit : « Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Car écouter la parole de Dieu sans la mettre en application, c’est ressembler à un homme qui se regarde dans une glace, et qui, aussitôt après, s’en va en oubliant de quoi il avait l’air. Au contraire, l’homme qui se penche sur la Loi parfaite, celle de la liberté, et s’y tient, celui qui ne l’écoute pas pour l’oublier, mais l’applique dans ses actes, heureux sera-t-il d’agir ainsi » (1,22-25). Celui qui écoute la parole de Dieu et y fait constamment référence, fonde son existence sur des bases solides. « Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique – dit Jésus – est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc » (Mt 7, 24) : il ne cédera pas aux intempéries. Construire votre vie sur le Christ, en accueillant avec joie sa parole et en mettant en pratique ses enseignements : jeunes du troisième millénaire, tel doit être votre programme ! Il est urgent que se lève une nouvelle génération d’apôtres enracinés dans la parole du Christ, capables de répondre aux défis de notre temps et prêts à répandre partout l’Évangile. C’est ce que le Seigneur vous demande, ce à quoi l’Église vous invite, ce que le monde – même sans le savoir – attend de vous ! Et si Jésus vous appelle, n’ayez pas peur de lui répondre avec générosité, spécialement s’il vous propose de le suivre dans la vie consacrée ou dans la vie sacerdotale. N’ayez pas peur ; faites-lui confiance, et vous ne serez pas déçus ! (…)

Chers jeunes, dès maintenant, dans un climat d’écoute permanente de la parole de Dieu, invoquez l’Esprit Saint, Esprit de force et de témoignage, pour qu’il vous rende capables de proclamer sans peur l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. Que Marie, présente au Cénacle avec les Apôtres dans l’attente de la Pentecôte, soit votre mère et votre guide. Qu’elle vous apprenne à accueillir la parole de Dieu, à la garder et à la méditer en votre cœur (cf. Lc 2,19), comme elle l’a fait tout au long de sa vie. Qu’elle vous encourage à dire votre « oui » au Seigneur en vivant l’« obéissance de la foi ». Qu’elle vous aide à demeurer fermes dans la foi, constants dans l’espérance, persévérants dans la charité, toujours dociles à la parole de Dieu. Je vous accompagne de ma prière, et je vous bénis de tout cœur.

Message du Pape du 22 février 2006 à l’occasion de la XXIème Journée Mondiale de la Jeunesse.

« L’Évangile de Jean nous raconte comment, après la Résurrection, le Seigneur vient parmi les disciples, souffle sur eux et dit : « Recevez l’Esprit Saint ». Cela est un parallèle avec la Genèse, où Dieu souffle sur le mélange de terre et celui-ci prend forme et devient homme. A présent, l’homme, qui vit intérieurement dans des zones d’ombre et qui est à demi mort, reçoit à nouveau le Souffle du Christ et c’est ce Souffle de Dieu qui lui donne une nouvelle dimension de vie ; il lui donne la vie avec l’Esprit Saint. Nous pouvons donc dire : l’Esprit Saint est le Souffle de Jésus Christ et nous, en un certain sens, nous devons demander au Christ de souffler toujours sur nous afin qu’en nous ce souffle devienne vivant et fort et œuvre dans le monde. Cela signifie donc que nous devons demeurer proches du Christ. Nous le faisons en méditant sa Parole. Nous savons que le premier auteur des Saintes Écritures est l’Esprit Saint. Lorsqu’à travers celles-ci nous parlons avec Dieu, lorsqu’en celles-ci nous ne cherchons pas seulement le passé mais véritablement le Seigneur présent qui nous parle, alors c’est comme si nous nous trouvions à nous promener dans le jardin de l’Esprit Saint : nous parlons avec lui, il parle avec nous. Apprendre à nous sentir chez nous dans ce contexte, dans le contexte de la Parole de Dieu, est une chose extrêmement importante qui, dans un certain sens, nous introduit dans le Souffle de Dieu. Et puis, naturellement, cette écoute, cette marche dans le domaine de la Parole doit se transformer en une réponse, une réponse dans la prière, dans le contact avec le Christ. Et naturellement, avant tout dans le Saint Sacrement de l’Eucharistie, dans lequel il vient à notre rencontre et entre en nous, se fond presque en nous. Mais ensuite, également dans le Sacrement de la Pénitence, qui nous purifie toujours, qui lave les zones d’ombre que la vie quotidienne dépose en nous ».

Homélie du 6 août 2008