« Mon Bien-Aimé élève la voix : "lève-toi ma Bien-Aimée" » (Ct 2,10)

 

Lectio Divina - Cantique des Cantiques (P. Baste-Morand)

Vous pouvez télécharger la version PDF en cliquant ici : Cantique des Cantiques, semaines 1 et 2

 

COMMENT VIVRE LA LECTIO DIVINA QUOTIDIENNE

  • Commencer le temps quotidien de Lectio Divina par une prière à l’Esprit Saint. On peut prier par exemple une strophe du « Veni Creator » : « Esprit Saint, Fais-nous voir le visage du Très-HautEt révèle-nous celui du FilsEt toi l'Esprit commun qui les rassembleViens en nos cœurs, qu'à jamais nous croyions en toi».
  • Lire avec attention les textes proposés pour la journée. Les accueillir comme notre nourriture du jour, les prier en silence, ruminer cette Parole de Dieu. Peut-être noter sur un carnet une référence, un verset…
  • Conclure le temps de Lectio Divina par une acclamation de la Parole de Dieu reçue, par le Notre Père ou par une autre prière. Par exemple : « Dieu éternel et tout-puissant, unique espoir du monde, toi qui annonçais par la voix des prophètes les mystères qui s'accomplissent aujourd'hui, Daigne inspirer toi-même les désirs de ton peuple, puisqu'aucun de tes fidèles ne peut progresser en vertu sans l'inspiration de ta grâce. Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui règne avec toi et le Saint Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen »

 


 


 

RÉFÉRENCES DE LECTURE

DIMANCHE 2 DÉCEMBRE

Ct 1, 1 – 4 : « entraine-moi sur tes pas, courons ! »

LUNDI 3 DÉCEMBRE

Ct 1, 5 à 2, 7 : « où mèneras-tu paître le troupeau ? »

MARDI 4 DÉCEMBRE

Ct 2, 8 – 17 : « J’entends mon Bien-Aimé, voici qu’il arrive »

MERCREDI 5 DÉCEMBRE

Ct 3, 1 – 5 : « j’ai cherché celui que mon cœur aime »

JEUDI 6 DÉCEMBRE

Ct 3, 6 – 11 : « venez contempler le roi au jour de ses épousailles »

VENDREDI 7 DÉCEMBRE

Ct 4, 1 à 5, 1 : « Que tu es belle, ma Bien-Aimée, que tu es belle ! »

SAMEDI 8 DÉCEMBRE : 

Reprise

 


UN NOUVEAU PARCOURS DE « LECTIO DIVINA »

A partir du début du temps de l’Avent, et jusqu’au temps de Noël, nous vous proposons un parcours de lectio divina dans le livre du Cantique des cantiques.

Pour les 2 premières semaines, à l’aide des références données par cette feuille, nous vous invitons d’abord à prendre le temps de la LECTURE priante du texte, en lecture continue. C’est la raison pour laquelle durant ces semaines, le programme quotidien de la lectio ne comporte pas de textes complémentaires ni de commentaires de la tradition chrétienne (cela viendra pour la seconde et la troisième lecture de ces chapitres, à partir du 16 décembre).

Cette première étape permet de recevoir la Parole de Dieu dans la cohérence d’un texte entier. C’est toute l’Ecriture qui est Parole de Dieu. Rendez vous disponibles pour cette lecture priante vécue sous la lumière de l’Esprit Saint. N’oubliez pas qu’elle est d’abord une nourriture spirituelle, c’est-à-dire qu’il faut le temps de l’assimiler avant de chercher à la méditer.

 


LE LIVRE DU CANTIQUE DES CANTIQUES

 

L’amour a besoin de paroles pour s’épanouir ; la poésie et le chant, les images et les symboles excellent à exprimer une réalité qui déborde de toute part les simples formules et les démonstrations savantes. Sans conteste, dans sa forme, le Cantique des cantiques est un superbe chant d’amour et possède cette valeur universelle de l’exaltation des plus profonds sentiments humains. Ce livre est à comprendre comme une célébration de l’amour humain dans ce qu’il a de plus beau, et donc comme un hommage au Créateur. C’est alors le chant de cet amour, expression humaine du mystère de communion, qui permet à l’auditeur de découvrir ce dont il est image et ressemblance : l’amour d’un Dieu qui fait alliance avec l’homme.

 

Plusieurs niveaux de lecture

 

D’un point de vue anthropologique, ce poème insiste d’abord sur l’importance de la parole échangée. La succession des moments d’étreinte et de recherche signifie que l’amour humain est aussi une quête de l’autre qui, même lorsque l’on croit le connaître, reste un mystère inépuisable. Le Cantique insiste également sur la réciprocité (« il est à moi et moi à lui »), sur la joie de la communion, l’émerveillement de l’autre, et inversement le désarroi et la solitude lorsque l’autre n’est plus là. L’hiver de la solitude, cède la place au printemps où la vie s’épanouit lorsque l’autre comble le cœur.

À un second niveau de lecture, correspondant à l’histoire de l’Alliance, ce Bien-aimé qui fait tout le chemin le séparant de la Bien-aimée, renvoie à la manière d’agir du Seigneur partant rejoindre son peuple en servitude en Egypte tout d’abord, puis en exil, pour faire cesser son « hiver » et le rétablir sur sa terre. Il lui permet d’expérimenter un « printemps », où tout espoir renaît, et lui offre la communion. Ct 2,16 peut alors évoquer une formule d’alliance : « il est à moi et moi à lui ».

Dans une lecture chrétienne, à la lumière de l’Evangile, ce qui est perçu du Seigneur vis-à-vis de son peuple est appliqué au Christ qui, en s’incarnant, en donnant sa vie et en ressuscitant, vient rechercher l’homme plongé dans l’hiver de la mort et du péché pour le conduire vers la plénitude de la vie : « lève-toi » est une parole de résurrection. Jésus est alors ce pasteur annoncé en Ct 2,16. La quête du Bien-aimé disparu peut également être relue comme une méditation sur le désarroi des disciples au moment de la mort du Christ ; mais leur tristesse se transformera en joie, comme notre texte l’annonce.

L’ultime niveau de lecture, d’ordre mystique, s’appuiera sur la rencontre des deux bien-aimés pour décrire ce qui se vit dans la prière, et interprètera le « lève-toi » de Ct 2,10, comme une invitation à progresser sur le chemin de la perfection et de la communion avec le Christ. Grégoire de Nysse, l’un des plus grands commentateurs du Cantique, propose ce commentaire : Le Verbe dit à l'âme qui est l'Epouse du Cantique : « Lève-toi ! » Il redit Lève-toi ! à celle qui s'est déjà levée. Et il dit à nouveau : « Viens » à celle qui est déjà venue. En effet, à celui qui se lève vraiment, toujours il faudra se lever à nouveau. Et à celui qui court vers Dieu, jamais ne manqueront les larges espaces. Celui qui monte ne s'arrête jamais, allant de commencement en commencement par des commencements qui n'ont jamais de fin.

 
 
 

SEMAINE 2

 

« J’entends mon Bien-Aimé qui frappe : « ouvre-moi, mon amie » (Ct 5,2)

Lectio Divina - Cantique des cantiques 

 

 

RÉFÉRENCES DE LECTURE

DIMANCHE 9 DÉCEMBRE

Ct 5, 2 – 8 :   « Je dors, mais mon cœur veille »

LUNDI 10 DÉCEMBRE

Ct 5, 9 à 6, 3 : « Je suis à mon Bien-Aimé, et mon Bien-Aimé est à moi ! »

MARDI 11 DÉCEMBRE

Ct 6, 4 – 10 : « Unique est ma colombe, ma parfaite »

MERCREDI 12 DÉCEMBRE

Ct 6, 11 à 7, 11 : « Je suis à mon Bien-Aimé et vers moi se porte son désir »           

JEUDI 13 DÉCEMBRE

Ct 7, 12 à 8, 4 : « son bras gauche est sous ma tête et sa droite m’étreint »

VENDREDI 14 DÉCEMBRE

Ct 8, 5 – 14 : « Mets-moi comme un sceau sur ton cœur »

SAMEDI 15 DÉCEMBRE


 

PROPOSITION POUR LA JOURNÉE DU SAMEDI

 

Avant d’entrer dans une nouvelle semaine (qui commence, pour les chrétiens, le samedi soir), nous vous proposons de prendre le temps aujourd’hui de ressaisir ce qui a été votre « nourriture » de la Parole de Dieu reçue cette semaine pour l’orienter vers la prière et surtout la contemplation.

Pour la Lectio de ce jour, vous pouvez soit reprendre un des textes bibliques proposés durant la semaine, soit éventuellement reprendre les versets de l’Ecriture Sainte que vous aurez glanés au long des lectio de ces derniers jours et que vous aurez pu noter.

Cela nous permettra de vivre cette journée de Lectio dans le rayonnement de la prière de la Bienheureuse Vierge Marie, qui, docile à l’action en elle de l’Esprit Saint, « conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (cf. Lc 2,19 et 51).

 


Pour nourrir la méditation du Cantique des cantiques

Les Pères de l’Eglise et les mystiques ont souvent et longuement commenté le Cantique des cantiques. On pourra se référer aux commentaires d’Origène, de Grégoire de Nysse, de saint Bernard, saint Jean de la Croix... Ils sont abondamment cités dans « La Cantate de l’Amour » de Blaise Arminjon (DDB-Bellarmin 1983).


« DEUS CARITAS EST » – BENOÎT XVI

 

Comment doit être vécu l’amour, pour que se réalise pleinement sa promesse humaine et divine ? Nous pouvons trouver une première indication importante dans le Cantique des Cantiques, un des livres de l’Ancien Testament bien connu des mystiques. Selon l’interprétation qui prévaut aujourd’hui, les poèmes contenus dans ce livre sont à l’origine des chants d’amour, peut-être prévus pour une fête de noces juives où ils devaient exalter l’amour conjugal. Dans ce contexte, le fait que l’on trouve, dans ce livre, deux mots différents pour parler de l'«amour» est très instructif. Nous avons tout d’abord le mot «dodim», un pluriel qui exprime l’amour encore incertain, dans une situation de recherche indéterminée. Ce mot est ensuite remplacé par le mot «ahabà» qui, dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, est rendu par le mot de même consonance «agapè», lequel, comme nous l’avons vu, devint l’expression caractéristique de la conception biblique de l’amour. En opposition à l’amour indéterminé et encore en recherche, ce terme exprime l’expérience de l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le bien de l’être aimé : il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le recherche même(…) Le Cantique des Cantiques, reçu dans le canon de la Sainte Écriture, a été très vite interprété comme des chants d’amour décrivant, en définitive, la relation de Dieu avec l’homme et de l’homme avec Dieu. De cette manière, le Cantique des Cantiques est devenu, dans la littérature chrétienne comme dans la littérature juive, une source de connaissance et d’expérience mystique, dans laquelle s’exprime l’essence de la foi biblique; oui, il existe une unification de l’homme avec Dieu – tel est le rêve originaire de l’homme. Mais cette unification ne consiste pas à se fondre l’un dans l’autre, à se dissoudre dans l’océan anonyme du Divin; elle est une unité qui crée l’amour, dans lequel les deux, Dieu et l’homme, restent eux-mêmes et pourtant deviennent totalement un: «Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit», dit saint Paul (1 Co 6, 17).