Nous prions avec l'Evangile selon saint Matthieu : 
 
 
du 12 au 18 novembre : semaine 3
 
du 19 au 26 novembre : semaine 4
 
du 27 novembre au 2 décembre : semaine 5
 
 
 
 
 
 

DIMANCHE 23 MARS 2014

 

"Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : "Donne-moi à boire", c'est toi qui lui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive" (Jn 4,10)

 

Dans notre marche vers Pâques, en l'un de ces dimanches des scrutins pour les catéchumènes, la liturgie de la messe nous offre le récit de la Rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Durant la semaine qui s'ouvre, nous pouvons prendre du temps pour méditer ce grand texte biblique.

 

Quelques réflexions pourront accompagner la méditation de ce texte de la Parole de Dieu : 

 

Une rencontre qui n’aurait jamais du avoir lieu
 
Ce récit, si soigneusement composé, commence par une remarque dont il est important de saisir toute l’étrangeté : « il lui fallait traverser la Samarie ». Comme le précisera le narrateur au v. 9, Juifs et Samaritains, bien qu’originaires du même peuple, avaient rompu toutes relations au point que la fréquentation des samaritains était assimilée à celle des païens et rendait les juifs impurs. Les origines de cette situation remontent au schisme de 931 av. JC et à la création du Royaume du Nord. Lorsque les Assyriens s’empareront de ce royaume en 721, ils déporteront une partie de sa population et installeront d’autres peuples qui viendront avec leurs divinités, ce qui favorisera le syncrétisme. Après l’Exil du VIe siècle, et malgré les oracles d’Ezéchiel (cf. Ez 37), la réunification ne fut pas possible ; les samaritains se firent un temple, concurrent de celui de Jérusalem, sur le Mont Garizim. Il fut détruit par les juifs au IIe siècle av. JC. Aussi les juifs qui devaient traverser la Palestine prenaient-ils grand soin de contourner la Samarie. Le « il faut » ne renvoie donc pas à un souci d’itinéraire, mais bien à une nécessité intérieure et supérieure : Jésus veut passer par la Samarie, pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. Cette première remarque déconcertante que le narrateur place habilement au début de son récit a une fonction précise : elle prépare le lecteur à être en empathie avec la femme de Samarie, à partager son étonnement, voire plus, devant le comportement et le discours de Jésus, tout au long de la rencontre. Même si nous n’apprendrons que plus tard dans le récit la situation de cette femme de mauvaise vie, le fait qu’elle vienne puiser l’eau à midi, et non pas le matin, dit suffisamment qu’elle se trouve en marge de la société, qu’elle fuit la rencontre et n’a qu’un souhait : qu’il n’y ait personne au bord du puits. Quel contraste avec la fin du récit, où cette même femme, oubliant jusqu’à son projet initial (elle oublie sa cruche, elle n’en a plus besoin, elle est devenue bien plus qu’une cruche), se hâte à la rencontre de ceux dont elle fuyait le contact pour se faire auprès d’eux la première missionnaire de l’Evangile ! Cette femme revient à la vie et à une vie nouvelle. Ce que Jésus vient de lui annoncer se réalise déjà : elle a reçu le don de l’eau vive et elle est devenue elle-même, pour les habitants de sa ville, source d’eau vive.
 
Le dialogue est rétabli
 
Que s’est-il donc passé qui a provoqué un tel bouleversement dans le cœur de cette femme ? Il y a eu une rencontre qui, pour saint Jean, est emblématique de celle que Dieu propose à tout homme enfermé dans sa situation de pécheur. Dans le dialogue que Jésus instaure avec la Samaritaine se trouve exprimée toute la pédagogie divine mise en œuvre par Dieu depuis qu’Adam s’était caché de lui car il avait honte : « Adam, où es-tu ? » (Gn 3). Jésus permet petit à petit à cette femme d'exprimer ses véritables questions et de formuler les blessures de sa vie. Aux questions de la Samaritaine, Jésus répond toujours à un autre niveau pour ne pas clore le dialogue mais au contraire l'ouvrir sur une perspective nouvelle. Il permet à la femme de faire elle-même le chemin qu'il lui entrouvre.
 
Si tu savais le don de Dieu
 
Le puits, dans la Bible, est le lieu symbolique de la vie, de la rencontre et même de la rencontre amoureuse. Jésus, en offrant à cette femme une eau d’une qualité tout autre, l’ouvre à une vie, à une relation et à une alliance radicalement nouvelles, au point que ce qui faisait jusque-là sa honte devient le support même de son témoignage (plus tard, saint Paul réagira de la même manière, lui, le persécuteur devenu apôtre).
 
Quelques temps après cette rencontre, Jésus, au Temple, proclamera : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi!" selon le mot de l'Ecriture: De son sein couleront des fleuves d'eau vive » (Jn 7,37-38). Enfin, sur la croix, juste avant de mourir, Jésus, dit : J'ai soif (Jn 19,28). Par la mention de ces simples mots, l’évangéliste permet de comprendre que le dialogue inauguré avec la Samaritaine s’étend désormais à tous les hommes pour qui Jésus donne sa vie et à qui il offre ainsi la vie éternelle. Le coup de lance frappant le corps mort du Christ en croix laissera jaillir, témoigne le disciple, du sang et de l’eau. La source, annoncée jadis par Ezéchiel et révélée à la femme de Samarie, vient de sourdre pour tout homme.
 
 
Sainte lectio divina en ce Temps du Carême
Christophe de DREUILLE
@lectiodivina13