Nous prions avec l'Evangile selon saint Matthieu : 
 
 
du 12 au 18 novembre : semaine 3
 
du 19 au 26 novembre : semaine 4
 
du 27 novembre au 2 décembre : semaine 5
 
 
 
 
 
 

DIMANCHE 4 MAI 2014

 

"Reste avec nous"... Jésus entra donc pour rester avec eux... notre coeur n'était-il pas tout brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Ecritures (Lc 24,13-35 – Evangile de la messe de ce dimanche)

 

En ce troisième dimanche de Pâques, c'est ce grand texte de la rencontre de Jésus avec les disciples d'Emmaüs qui nous est offert pour illuminer notre semaine. L'enjeu de cette rencontre est la question de la Présence de Jésus auprès des croyants, non seulement ceux qui rentraient chez eux à Emmaüs, mais tous les disciples de tous les temps. Il s'agit de passer de la quête de la vision à la découverte de la Présence. Jésus est présent à chaque disciple de chaque époque, aux trois sens du mot "présent" en français : Jésus est présent ici et maintenant et comme un don.

 

Vivre de la présence du Christ, tel est le défi des chrétiens. C'est ce dont témoigne déjà la 1ère épître de saint Paul aux Thessaloniciens, dont nous poursuivons l'accueil cette semaine dans notre lectio divina quotidienne. En recevant la Parole de Dieu, en épanouissant leur foi, leur espérance et leur charité, les croyants témoignent de ce mystère de la présence d'un Dieu qui ne cesse de vouloir se faire proche de tout homme.

 

Quelques commentaires sur ce texte de Lc 24

Une synthèse et une charnière
Rédigé avec un soin particulier, ce récit tire son importance de sa double fonction : il récapitule l’ensemble du parcours évangélique en soulignant l’accomplissement des Ecritures dans le mystère pascal du Christ ; il inaugure, avant même que cela ne soit développé dans les Actes des Apôtres, le « temps de l’Eglise ». Une question domine l’ensemble du récit : celle de la présence de Jésus après sa mort et de la qualité du regard qui permet aux disciples de la discerner. Le texte commence à jouer sur l’opposition absence / présence, pour orienter finalement le lecteur vers la forme de présence : visible / invisible. Luc rappelle aux croyants que la présence de Jésus à son Eglise est désormais invisible, mais reconnaissable par la méditation de l’Ecriture et la « fraction du pain », c’est-à-dire l’Eucharistie.
Lorsque Jésus est visible à leurs yeux de chair, les disciples le croient absent, mort. C’est lorsque Jésus disparaîtra à leurs regards, qu’ils le reconnaîtront présent.
 
En chemin
La construction narrative de ce texte place stratégiquement les lecteurs du côté de Jésus et les invite à scruter, tout au long de l’évolution du récit, à quel moment et de quelle manière les deux disciples parviendront à reconnaître celui qui marche à leur côté et se laisse inviter chez eux.
La rencontre se fait sur la route, et la reconnaissance, à la maison. Le chemin, thème cher à Luc, est le lieu privilégié de la conversion et du « cheminement » intérieur. Le dialogue qui s’instaure alors offre deux regards croisés sur la mission de Jésus. La conception que s’en font les disciples, est conforme à ce que connaît déjà le lecteur de l’Evangile, mais auquel il manque l’essentiel : le témoignage du Christ ressuscité. D’autre part, dans la bouche de Jésus, nous trouvons une relecture des Ecritures qui fournit le critère permettant de révéler la glorification du crucifié.
 
A la maison
« A qui d’entre nous l’auberge d’Emmaüs n’est-elle pas familière ? ». François Mauriac comme Le Caravage ou Rembrandt ne s’y sont pas trompés qui ont mis en valeur le moment de la reconnaissance lors du don que Jésus fait à ses hôtes à la maison. La tristesse qui voilait le regard des disciples au début du récit se change alors en joie communicative. Le parcours à travers les Ecritures que Jésus avait proposé sur la route s’accomplit dans la « fraction du pain ». Le don usurpé par Adam et Eve (en Gn 3), devient le don de l’Eucharistie offert par Jésus à des disciples qui ne s’en emparent plus mais le reçoivent. Comme à l’origine de l’humanité, ici les yeux s’ouvrent, mais ce n’est plus sur le dénuement et la vanité, mais sur la plénitude d’une présence qui n’a plus besoin du support de la visibilité.
 
A la rencontre des frères
Le récit ne s'arrête pas à cette reconnaissance, mais se poursuit et s'achève dans la dynamique de l'annonce de la Bonne Nouvelle aux frères. 
 
De Lc 24 à Ac 8
Saint Luc a écrit un texte, bâti sur le même schéma, dans les Actes des Apôtres : il s’agit de la rencontre du disciple Philippe avec le haut fonctionnaire éthiopien. Même rencontre sur la route, même importance donnée au témoignage des Ecritures (avec la citation du chant du Serviteur souffrant d’Isaïe), même catéchèse, même conclusion : le sacrement (eucharistie en Lc 24 et baptême en Ac 8). La grande différence entre les deux textes : en Lc 24, c’est Jésus qui conduit les disciples à la foi dans le Ressuscité présent ; dans les Actes, c’est désormais le disciple, le croyant, l’Eglise qui a cette mission d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut et de conduire à la Vie nouvelle dans le Christ ressuscité.

 

Saint Jean-Paul II a médité ce récit et en a formulé une prière à partir de l'expression du désir des disciples d'Emmaüs :

Mane nobiscum, Domine! Reste avec nous, Seigneur! (cf. Lc 24, 29) par ces paroles les disciples d’Emmaüs invitèrent le mystérieux Voyageur à rester avec eux, alors que parvenait à son terme,  le premier jour après le sabbat au cours duquel l’incroyable était arrivé. Selon la promesse, le Christ était ressuscité; mais eux ne le savaient pas encore. Toutefois, au long de la route, les paroles du Voyageur avaient progressivement réchauffé leur cœur. C’est pourquoi ils l’avaient invité: «Reste avec nous». Puis, assis autour de la table du repas, ils l’avaient reconnu à la «fraction du pain». Et aussitôt il avait disparu. Devant eux restait le pain rompu, et dans leur cœur, la douceur de ses paroles.

 

Chers Frères et Sœurs, la Parole et le Pain de l’Eucharistie, mystère et don de la Pâque, demeurent au cours des siècles comme la mémoire éternelle de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ! Aujourd’hui, Pâque de Résurrection, nous aussi, avec tous les chrétiens du monde nous répétons: Jésus, crucifié et ressuscité, reste avec nous! Reste avec nous, ami fidèle et soutien assuré de l’humanité en marche sur les routes du temps! Toi, Parole vivante du Père, mets confiance et espérance dans le cœur de ceux qui cherchent le vrai sens de leur existence. Toi, Pain de vie éternelle, nourris l’homme affamé de vérité, de liberté, de justice et de paix.

 

Reste avec nous, Parole vivante du Père, et enseigne-nous des paroles et des gestes de paix: paix pour la terre consacrée par ton sang et baignée du sang de tant de victimes innocentes; paix pour les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique, là où tant de sang continue aussi à être versé; paix pour toute l’humanité, toujours menacée par le danger de guerres fratricides.

 

Reste avec nous, Pain de vie éternelle, rompu et distribué aux convives: donne-nous, à nous aussi, la force d’une solidarité généreuse envers les multitudes qui, aujourd’hui encore, souffrent et meurent de misère et de faim, qui sont décimées par des épidémies mortelles ou touchées par de terribles catastrophes naturelles.

 

Par la force de ta Résurrection que tous soient aussi rendus participants d’une vie nouvelle.

 

Nous aussi, hommes et femmes du troisième millénaire, nous avons besoin de Toi, Seigneur ressuscité! Reste avec nous maintenant et jusqu’à la fin des temps. Fais que le progrès matériel des peuples n’estompe jamais les valeurs spirituelles qui sont l’âme de leur civilisation. Soutiens-nous, nous t’en prions, sur notre chemin. En Toi nous croyons, en Toi nous espérons, parce que Toi seul tu as les paroles de la vie éternelle (cf. Jn 6, 68). Mane nobiscum, Domine! Alléluia !

 

Sainte lectio divina, dans la joie de la présence du Christ ressuscité

Christophe de DREUILLE

@lectiodivina13