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Dimanche 2 décembre 2012

 

J'entends mon Bien-Aimé. Voici qu'il arrive, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines... Mon Bien-Aimé élève la voix, il me dit "Lève-toi ma Bien-Aimée, ma belle, viens" (Ct 2, 8 à 10)

 

Très Bonne Année en ce début du Temps de l'Avent qui nous invite à reparcourrir toute l'aventure de la Révélation d'un Dieu qui n'a de cesse de rechercher l'homme pour lui témoigner de l'amour qu'il lui porte. Inlassablement, il se manifeste aux croyants par sa Parole jusqu'à ce que le Verbe se fasse chair pour retisser avec l'homme cette qualité unique de relation que l'homme avait refusé et qui pourtant peut seule donner sens à son existence. 

 

Quel texte biblique pourrait mieux que le Cantique des cantiques exprimer cet amour divin à la recherche de l'homme et ce désir, pas toujours conscient, de l'homme de vivre de la communion avec lui. Ce texte a le projet de faire mémoire de toute cette aventure et donne la clef de compréhension de tous les autres textes bibliques. 

 

PRÉSENTATION DU CANTIQUE DES CANTIQUES

 

Le texte du Cantique des cantiques ne fournit pas une unique clef de lecture. Cela a souvent surpris voire déconcerté. En réalité, c'est toute la force de ce texte. Le genre lui-même – des poèmes d'amour – autorise une multitude, une multiplicité de significations.

Tout le génie du rédacteur, et de ceux qui ont choisi de l'intégrer dans le canon des Ecritures, c'est précisément de ne pas donner un sens unique à ce texte. Il y a bien la mention de Salomon, mais il s'agit beaucoup plus d'une attribution littéraire, que d'une véritable clef de lecture.

La polysémie même de ce texte, non seulement autorise, mais invite même à une multitude d'interprétation. Qui est le bien-aimé ? Qui est la bien-aimée ? Tel est bien l'enjeu de ce texte unique au coeur de toute l'écriture.

À partir de ce constat, ce texte du Cantique des cantiques nous invite donc à re parcourir l'ensemble de l'EcritureLe Bien-Aimé, c'est presque toujours le Seigneur, dans l'Ancien Testament, puis dans le Nouveau Testament, c'est le Christ lui-même.

Mais alors qui est la bien-aiméeDans l'Ancien Testament, c'est principalement le peuple. Dans le Nouveau Testament cela deviendra l'Eglise. Mais dans les commentaires nous trouvons de multiples mentions de la bien-aimée : l'âme du croyant, la Samaritaine, Marie-Madeleine, et bien sûr la Vierge Marie.

La moindre formule, dans le Cantique des cantiques, renvoie à des passages entiers de l'Ecriture, de la révélation, de l'histoire du salut, aussi bien dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau Testament.

 

"L'hiver qui est fini", peut renvoyer à la servitude en Égypte ou à l'exil à Babylone ; Le printemps peut renvoyer à la Pâques et à la sortie de l'exil. Le Bien-Aimé qui mène son troupeau, annonce la personne de Jésus-Christ, le bon Pasteur. Par-dessus tout, l'amour entre le bien aimé et la bien aimée, est une lecture de l'alliance, déployant la prédication du prophète Osée.

La recherche angoissée de la bien-aimée, dans les ténèbres de la nuit, annonce la mort de Jésus-Christ et sa mise au tombeau. Les parfums peuvent annoncer ceux qui seront apportés, les aromates, par les saintes femmes au matin de Pâques.

 

A tout cela, il faut ajouter la dimension de célébration de l'amour humain contenu et assumé dans ce chant du Cantique des cantiques. Nous pouvons aussi voir alors une relecture des premiers chapitre de la Genèse, lors de la création de l'homme de la femme en particulier au chapitre deux. Il ne faut pas évacuer cette dimension anthropologique contenue évidemment dans l'écriture de ces chants d'amour, mais assumée aussi par les rabbins qui vont autoriser ce texte à intégrer le canon des Ecritures.

 

Comme nous venons de le voir, il n'y a donc pas une clé d'interprétation unique, pour méditer ce texte ; en réalité, c'est tout ce texte du Cantique des cantiques qui constitue donc une grande, unique, indépassable, clé de lecture de toute l'Ecriture.

Désormais donc, on ne peut plus lire n'importe quel texte de l'Ecriture comme si nous ignorions cette dimension-là de la relation que Dieu a voulu établir avec les hommes. Et cela est vrai aussi bien pour l'Ancien Testament que pour le Nouveau Testament. Depuis le ministère de Jean-Baptiste, qui se qualifie lui-même d'ami de l'époux, jusqu' au dernier chapitre du livre de l'Apocalypse, le Cantique des cantiques déploie encore cette clé pour comprendre le sens de l'accomplissement des Ecritures dans la passion la mort et la résurrection du Christ.

Tel est bien ultime témoignage apostolique : « Dieu est amour ».

Parmi les autres figures bibliques, que l'on peut repérer dans le cantique des cantiques, on peut penser à Moïse, à David, à tout le peuple, à Jean-Baptiste et encore à une foule d'autres personnages ou situations rapportés dans l'Ecriture.

 

Comment ne pas terminer ces quelques listes de présentation de ce superbe texte du cantique des cantiques sans évoquer la voie mystique, la vie mystique. C'est en effet la plus haute révélation de l'Ecriture, lorsque que le coeur du croyant peut être à ce point uni à son créateur, qu'il peut relier l'alliance, la loi, le don à la notion d'amour. 

Depuis le commencement de l'Ecriture en effet, dans le jardin d'Eden, lors de la création, lorsque le Créateur et l'être humain étaient en communion, il y avait déjà cette notion du don, cette importance d'un donateur, d'un créateur qui est le donateur. Et c'est ce don qui s'épanouira dans l'alliance, en particulier dans l'alliance nouvelle et éternelle, celle que le prophète Jérémie avait annoncée. Cette alliance que Jésus a conclue, définitivement, dans son sang, sur la croix. Et nous en sommes les bénéficiaires dès maintenant.

 

Nous pouvons en arriver à l'ultime réflexion que nous inspire ce Cantique des cantiques : l'eschatologie de la vie chrétienne. Ce que les théologiens appellent le « déjà là, Et le pas encore ». Il me semble que c'est la lecture que constitue ce Cantique des cantiques qui offre la plus belle clé herméneutique pour entrer dans l'intelligence de l'eschatologie de la vie chrétienne. Ce qui est déjà là c'est l'amour donné, c'est l'amour qui demande à être reçu par un coeur ouvert et disponible, accueillant, c'est l'amour qui peut être renvoyé, retourné à celui qui est notre source.

Alors, dans cette relation d'amour, dans cette alliance nouvelle et éternelle, nous comprenons que tout nous est déjà donné. Mais comme dans le Cantique des cantiques, où le coeur du croyant est invité à aller de commencement en commencement, ce qui est donné demande à être encore épanoui. Ce qui est obtenu nous invite, nous pousse, fait grandir notre désir de recevoir encore plus, de vivre davantage, de communier plus que jamais, de manière toujours nouvelle, à celui qui est la source de tout don. Alors oui, tout nous est déjà donné. Mais tout reste encore à épanouir. Nous sommes donc bien à la fois dans l'accomplissement, et dans le commencement. Or c'est cela l'eschatologie de la vie chrétienne. Vivre déjà du don. Ne cesser de faire grandir ce don. Alors dans ce maintenant où nous pouvons vivre déjà la rencontre avec le Christ, et par le Christ avec le Père, nous goûterons déjà un avant-goût d'éternité.

 

Sainte lectio divina en ce Temps de l'Avent, si propice à accueillir la Parole de Dieu.

 
Christophe de DREUILLE