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Mardi 23 octobre 2012

 

Abram partit sur la Parole du Seigneur (Gn 12,4)

 

Nous commençons cette semaine notre deuxième et troisième lecture du Cycle d'Abraham dans la Genèse. Ce temps est celui davantage de la méditation, alors que nous avons déjà pu découvrir ces dernières semaines en lecture continue le texte biblique dans son ampleur. Nous vous proposons quelques réflexions sur ce début du cycle d'Abraham :

 

 

L’appel d’Abraham – d’une fin à un commencement  (Gn 11,27 à 12,7)

 

Une « figure » charnière : Abraham

 

Un premier ensemble de textes (Gn 1 à 11) s’achève sur la mention d’un certain Abram. Malheureusement la famille à laquelle il appartient est comme marquée par la malédiction : le cadet de la famille meurt prématurément, « avant son père », et l’épouse d’Abraham – c’est une nouveauté dans le récit biblique – est stérile. Tout semble conduire à une situation de fin. Et pourtant, contre toute attente, c’est à partir de cet Abram (qui deviendra Abraham) que tout va commencer, par le don d’une parole qui le met en route. Tel est la pédagogie divine : appeler celui que nous n’aurions pas choisi, qui nous semble, à vue humaine, le plus mal placé pour remplir la mission confiée. Or, celui qui devait mourir sans enfant, va recevoir la promesse d’une descendance nombreuse et deviendra le Père des croyants. À l’inverse de l’attitude orgueilleuse d’Adam et Eve ou des habitants de Babel, il accepte de ne compter que sur cette parole qui lui a été donnée, il accepte la dépendance, même s’il lui faudra toutes les étapes rapportées dans le « Cycle d’Abraham » pour qu’il en découvre la fécondité, au sens premier et au sens spirituel.

 

Les commencements d’Israël

 

Ce chapitre 12 introduit tout à la fois la seconde partie du livre de la Genèse (Gn 12 – 50) et le Cycle d’Abraham.

Gn 12 – 50 : Outre les généalogies dont nous avons déjà parlé, ces chapitres sont liés aux 11 premiers chapitres du livre par les différentes relations qui définissent l’être humain. Tout commence par une Parole de Dieu donne sens à l’existence de l’homme (en Gn 1 et en Gn 12) ; un couple déchu (Gn 2-3) cède la place à un couple racheté (Cycle d’Abraham) ; deux frères et un meurtre (Gn 4) renvoie à deux frères et une réconciliation (Cycle de Jacob) ; un groupe pécheur sera sauvé par un juste (Noé en Gn 6-9 et Joseph en Gn 37-50). De la grande famille de l’humanité, le regard se concentre sur une famille particulière, issue d’Abraham et de Sara. Toutes les relations qui ont été déconstruites en Gn 1-11 commencent à se reconstruire dans la suite du livre ; la promesse de salut annoncée dans les premiers chapitres commence à prendre forme à partir de l’appel d’Abraham. A partir du chapitre 12, le livre de la Genèse est structuré en trois corpus : le Cycle d’Abraham (et Isaac), le Cycle de Jacob, et l’Histoire de Joseph.

 

Le commencement d’Abraham :

 

Le début de Gn 12 marque en effet le véritable commencement d’Abraham, dans la mesure où, ayant tout quitté de son ancienne identité il devient un homme neuf et son existence prend une signification nouvelle. C’est le commencement d’une histoire particulière au sein de l’histoire de l’humanité, et pour cette humanité. La parole qui lui est donnée a la même puissance dans le cœur du patriarche que pour la création. Cette parole met Abraham en route, elle se fait pour lui promesse d’un avenir qui n’a rien à voir avec ce qu’il pouvait envisager, elle se fait bénédiction pour celui qui pouvait se concevoir appartenir à une famille maudite.

 

Une triple promesse, en écho à Gn 1 et 2 :

 

Abraham reçoit d’abord la promesse d’une descendance (v. 2 ; cf. Gn 1,28). S’il n’est rien précisé concernant la manière dont Dieu s’y prendra pour réaliser ce qu’il dit, c’est que cela fera l’objet d’une grande partie du développement du Cycle d’Abraham.

Il reçoit ensuite la promesse d’une bénédiction (v. 3 ; cf. Gn 1,28). La mention englobante de « tous les clans de la terre » souligne la dimension de la mission d’Abraham (un seul pour tous).

Enfin, il reçoit la promesse d’une terre (v. 7 ; cf. Gn 2,8-15), qu’il foule déjà mais sans la posséder encore.

À vrai dire les trois promesses sont liées les unes aux autres, même si elles ne s’accompliront pas au même moment. Cette parole-promesse est ce qui donnera sens à tous les événements de l’histoire du peuple d’Israël au long des siècles, jusqu’à David, avec qui elles seront renouvelées (cf. 2 S 7).

 

Clefs de lecture

 

La vocation d’Abraham, c’est d’abord l’initiative du Seigneur. Tout commence par une Parole adressée à un homme que Dieu a choisi. Cette Parole a trois caractéristiques : elle invite le patriarche à quitter ce qui pourrait l’enfermer dans un passé pénible (son pays, sa parenté…) ; elle le met en route vers au-delà de ce qu’Abraham connaît ; elle se fait promesse, lui ouvrant un avenir de bénédiction et de fécondité.

 

Le verbe qui domine tout le texte est « bénir » : Dieu « bénira » Abram qui deviendra lui-même « bénédiction ». Puis Dieu « bénira » ceux qui « béniront » Abram. Le but final est que cette « bénédiction » parvienne à toutes les familles de la terre grâce à Abram. La bénédiction est donc ici une promesse de vie. Elle entraîne l’épanouissement de la vie au point qu’Abram deviendra une « grande nation ».

 

Abraham accueille cette Parole et y répond en se mettant en route, avec sa famille. C’est le début de l’histoire du peuple que le Seigneur se choisit. Abraham devient le Père des Croyants. Une grande aventure attend le peuple élu de Dieu : faire en sorte que la bénédiction de Dieu parvienne à tous, sur toute la terre.

 

Méditation

 

Dieu choisit qui il veut, avec son histoire, sa personnalité. Peu lui importe qu’Abraham et Sara ne puissent avoir de descendance, qu’ils aient leurs limites, leurs pauvretés, leur âge avancé. Là où nous voyons des limites, des empêchements, Dieu révèle un autre regard : loin d’enfermer le Patriarche dans son passé, dans son histoire, marqués par la malédiction dont est frappée la maison de son père, il voit en lui un avenir que la Parole de Dieu rendra possible, contre toute attente.

 

La Parole de Dieu se fait promesse et bénédiction. Elle ouvre un avenir possible, elle inaugure une histoire nouvelle. Pour signifier cela, le Seigneur changera le nom « Abram » en « Abraham ». Nous sommes bien au commencement de quelque chose d’absolument nouveau.

 

« Nous avons été enfantés par une Parole de vérité » rappelle saint Jacques (Jc 1,18). Cette même Parole qui a tout créé et qui a béni l’être humain rejoint un homme pour le mettre en route et le bénir.

 

Parce qu’Abraham a accueilli cette Parole, parce qu’il a accepté de se laisser mettre en route, il est devenu le Père des Croyants. Par la foi, il est parti vers un pays qu’il ne connaissait pas, appuyé non sur ses projets humains, mais sur la Parole qui a illuminé son cœur. 

 

 

Sainte lectio divina

Christophe de DREUILLE