Lectio Divina - 2nde lettre de saint Paul à Timothée
 
 
Nous prions avec les Lettres de saint Paul :
 
Lettre à Timothée : 
 
 
 
 
du 5 au 11 février : semaine 5
 
du 12 au 18 février : semaine 6
 
 
Lettre à Tite :
 
du 19 au 25 février : semaine 1
 
du 26 février au 4 mars : semaine 2
 
du 5 au 11 mars :  semaine 3

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MARDI 6 MARS 2012

 

Le Seigneur se prononce pour son peuple, il s'émeut pour ses serviteurs (Ps 135)

 

Nous vous proposons deux méditations de Benoît XVI pour soutenir notre persévérance dans l'accueil quotidien de la Parole de Dieu durant cette semaine où nous sont proposés des passages du Deutéronome qui paraîtront à certains peut-être difficiles à méditer. Nous avons déjà donné, ces jours derniers, quelques indications pour cette méditation. Nous laissons la parole au Saint-Père : 

 


 

Dans l'Exhortation apostolique sur la Parole de Dieu (Verbum Domini), Benoît XVI abordait ce qu'il appelait les "pages obscures" de la Bible  : 

 

Il faut tenir compte du fait que la Révélation biblique est profondément enracinée dans l’histoire. Le dessein de Dieu s’y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes. Dieu choisit un peuple et l’éduque avec patience. La Révélation s’adapte au niveau culturel et moral d’époques lointaines et rapporte par conséquent des faits et des usages, par exemple des manœuvres frauduleuses, des interventions violentes, l’extermination de populations, sans en dénoncer explicitement l’immoralité. Cela s’explique par le contexte historique, mais peut surprendre le lecteur moderne, surtout lorsqu’on oublie les nombreux comportements «obscurs» que les hommes ont toujours eus au long des siècles, et cela jusqu’à nos jours. Dans l’Ancien Testament, la prédication des prophètes s’élève vigoureusement contre tout type d’injustice et de violence, collective ou individuelle, et elle est de cette façon l’instrument d’éducation donné par Dieu à son Peuple pour le préparer à l’Évangile. Il serait donc erroné de ne pas considérer ces passages de l’Écriture qui nous apparaissent problématiques (§ 42).

 


 

Lors de l'Angelus de dimanche dernier, Benoît XVI encourageait ainsi les chrétiens pour ce temps du Carême : 

 

Chers frères et sœurs, nous avons tous besoin de lumière intérieure pour surmonter les épreuves de la vie. Cette lumière vient de Dieu, et c’est le Christ qui nous la donne, Lui en qui habite la plénitude de la divinité (cf. Col 2,9). Gravissons avec Jésus la montagne de la prière et, en contemplant son visage plein d’amour et de vérité, laissons-nous nous remplir intérieurement de sa lumière. Demandons à la Vierge Marie, notre guide sur le chemin de la foi, de nous aider à vivre cette expérience en ce temps de Carême, trouvant chaque jour un moment pour prier en silence et écouter la Parole de Dieu.

 


Sainte lectio divina.

Christophe de DREUILLE

DIMANCHE 4 MARS 2012

 

Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le (Mc 9 – Evangile de la Messe de ce dimanche)

 

Comment Dieu pourrait-il, avec son Fils, ne pas nous donner tout? (Rm 8 – 2e lecture de la Messe de ce dimanche)

 

Que jamais le mal n'ait raison de nous ; délivre-nous, Seigneur, de toutes nos angoisses (Ps 24 – Antienne d'ouverture de la messe de ce dimanche)

 

Fais-nous trouver dans ta Parole, Seigneur, les vivres dont notre foi a besoin (Oraison de ce dimanche)

 

Le Seigneur ton Dieu t'a béni en toutes tes actions (Dt 2,7 – LD de ce jour)

 

En cette semaine où nous méditons en lectio divina les chapitres 2 et 3 du Deutéronome, nous sommes invités à entendre et à accueillir la Parole de Dieu dans la lumière de la Transfiguration du Christ, dont nous recevons le récit dans la liturgie de ce premier jour de la semaine. 

 

La thématique de ce deuxième dimanche de Carême est bien la contemplation du Christ dans la gloire de son Père, ou pour l'exprimer autrement, la contemplation du rayonnement de l'amour du Père et du Fils. A la Transfiguration, les Apôtres son témoins de la voix du Père les invitant à reconnaître en Jésus son Fils, et surtout à accueillir sa Parole. Comme le rappelle la Préface de la Messe de ce dimanche, la révélation de cette relation entre le Père et le Fils est à comprendre en vue de la Passion. Cette perspective, essentielle en ce temps du Carême qui nous achemine vers le mystères pascal, donne tout son sens à la première lecture.

 

Le Sacrifice d'Abraham annonçait déjà la Passion du Père dans celle de son Fils, unis par leur amour réciproque. C'est même titre "fils bien-aimé" qui désignait la relation d'Abraham au fils qu'il s'apprêtait à offrir en sacrifice. Leur communion était soulignée en Gn 22 par la double mention "ils marchaient tous deux ensemble" vers le lieu du sacrifice.

 

Saint Paul sera bouleversé – au sens propre – par cette Révélation de la Communion entre le Père et le Fils dans le mystère de la Croix : "Je suis Jésus que tu persécutes". Il en témoigne dans l'épître aux Romains (2e lecture de la messe de ce dimanche) : "il n'a pas refusé son Fils, il l'a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas tout nous donner?"

 

 


 

"Celui-ci est mon Fils bien-aimé" : au Baptême du Christ comme à sa Transfiguration c'est la même voix qui retentit et dévoile le regard du Père contemplant et désignant son Fils. Ce titre de "Fils bien-aimé" peut être médité en plusieurs directions : 

– Le Fils bien-aimé par excellence, c'est bien-sûr Jésus Christ, ainsi révélé aux Apôtres sur la Montagne, et annoncé par la figure d'Isaac en Gn 22.

– Mais ce titre renvoyait, dans l'Ancien Testament, au peuple hébreu que le Seigneur s'était choisi, qu'il avait entouré de soins et qu'il avait élevé, comme le rappelle Os 11 : "d'Egypte, j'ai appelé mon fils". Or c'est précisément à la lumière de cette qualité particulière de relation qu'il faut lire le Livre du Deutéronome qui guide notre lectio divina quotidienne durant ce Temps du Carême. 

– Enfin, depuis notre baptême, nous savons que ce titre de "Fils bien-aimé" nous désigne chacun, dans le regard du Père. C'est à la lumière de cette communion que le Père nous offre dans le Christ, que nous pouvons méditer ces chapitres du Deutéronome. 

 


 

Ces remarques sont plus que jamais utiles à notre méditation de cette semaine. En effet Dt 2 et 3 ne sont pas spontanément les chapitres les plus faciles à méditer.

 

Leur lecture nous permet d'abord de connaître ces événements de l'histoire ancienne d'Israël à laquelle les Psaumes font souvent allusion. Ils font partie de la mémoire du peuple, de l'histoire de ses origines. Il détaillent en effet le parcours complexe des hébreux en route vers la Terre Promise. Ceux-ci devaient passer par les territoires de différentes nations qui n'auront pas la même attitude envers ces nomades. La Bible de Jérusalem note à propos de ces récits : "Le thème thologique du don de la Terre Promise se combine avec un thème plus large : c'est Dieu qui distribue leurs territoires aux peuples. Edom, Moab et Ammon, parents d'Israël (descendants en effet soit d'Esaü, frère de Jacob, soit de Lot, neveu d'Abraham) garderont le leur ; mais Sihôn est un Amorite (il s'opposera au passage des hébreux) et Dieu donnera sa terre à Israël". Dieu n'est donc pas absent de l'histoire de son peuple. Il guide ce peuple fragile au milieu de territoires, potentiellement ou effectivement, hostiles, pour qu'il puisse progresser jusqu'à la Terre Promise. 

 

Mais notre méditation doit dépasser cette succession de noms et cette histoire de guerres pour en dégager l'essentiel. Or, certains versets de ces chapitres peuvent suffire à nourrir notre méditation et notre prière. Ils sont mis en exergue sur la feuille de lectio divina quotidienne. Nous pouvons donc découvrir, appuyés également sur les textes complémentaires proposés, comment le Seigneur nous bénit, comment il veille sur notre marche, sur notre cheminement, comment il combat pour nous. Nous pouvons également méditer sur le thème du combat spirituel, comme le propose saint Augustin dans le texte que nous avions proposé il y a quelques jours (cf. le mercredi des Cendres) : quelles sont ces forces hostiles qui pourraient nous faire peur? quelles sont ces tentations, ces difficultés qui pourraient faire obstacle à notre marche à la suite du Christ?

 

Demandons à l'Esprit Saint de nous guider dans l'accueil quotidien de cette Parole, pour que la Parole de Dieu nous éclaire, nous guide, nous convertisse. 

 

Sainte lectio divina, en ce beau temps de notre montée vers Pâques. 

 

Christophe de DREUILLE

LUNDI 27 FÉVRIER 2012

 

Le Seigneur votre Dieu qui marche à votre tête combattra pour vous, tout comme vous l'avez vu faire en Egypte. Tu l'as vu aussi au désert : le Seigneur ton Dieu te soutenait comme un homme soutient son fils, tout au long de la route que vous avez suivie jusqu'ici (Dt 1,30-31).

 

Le Seigneur vous précédait sur la route pour vous chercher un lieu de campement, dans le feu pendant la nuit pour éclairer votre route, et dans la nuée pendant le jour (Dt 1,33).

 

Nous avons commencé ce dimanche la deuxième étape de notre parcours de lectio divina dans les premiers chapitres du Deutéronome. Désormais, pour chaque journée, le texte biblique est accompagné soit par un autre texte de l'Ecriture (pour déployer la "symphonie de la Parole de Dieu"), soit par un commentaire de la Tradition chrétienne (pour appuyer notre propre méditation sur celle des différentes générations de chrétiens qui ont prié ces textes).

Dans cette étape de notre parcours tout est fait pour accompagner la méditation de la Parole de Dieu. Nous vous proposons quelques remarques sur cet 'échelon' de la pédagogie de la lectio divina : 

 

1 – Cette méditation peut s'appuyer soit sur ce que vous aviez découvert, il y a quelques jours, lors de la première lecture de ce passage biblique (et qui aura peut-être été noté), soit sur ce qui a retenu votre attention en relisant pour la deuxième ou la troisième fois le même texte. La méditation trouve en effet sa source dans cette lecture attentive de la Parole de Dieu qui constitue le premier 'échelon' de la pédagogie de la lectio divina. 

 

2. Cette méditation peut se développer en deux temps :

  • – Tout d'abord, méditer sur ce que Dieu révèle de lui-même dans ce texte. Si le texte biblique est une Parole de Dieu, cela signifie que Dieu livre son coeur dans cette parole offerte. Il nous dit qui il est, comment il se rend présent, comment il agit au bénéfice des hommes, quelle est la qualité de relation qu'il veut entretenir avec son peuple... A ce point de la méditation, nous pouvons alors voir comment ce qui est annoncé et révélé dans ces textes s'accomplit dans la personne de Jésus Christ, Parole du Père en plénitude, et dans son oeuvre de salut. 
  • – Dans un second temps, la méditation nous permet de voir comment cette Parole de Dieu s'actualise dans la vie des croyants, dans notre existence. C'est-à-dire que nous pouvons nous demander comment cette Parole de Dieu produit du fruit en notre coeur, dans notre vie, dans nos choix, comment cette Parole nous fait progresser, encourage notre conversion.

 

3. Ensuite, appuyés sur les fruits de cette méditation, nous pourrons arriver à notre prière de réponse. Il s'agit de la troisième étape de la pédagogie de la Lectio Divina. Cette prière de réponse peut prendre la forme suivante : « Seigneur, toi qui as manifesté ta présence auprès de ton peuple dans sa marche désert, apprends-moi à découvrir comment tu es présent également dans mon existence» ; ou encore : « Seigneur toi qui as guidé ton peuple au désert dans sa marche, guide moi sur ma propre route, éclaire le choix que j'ai à faire, révèle-toi comme celui qui est pour moi aujourd'hui le chemin la vérité et la vie ».

 

4. Enfin, le quatrième 'échelon', celui de la contemplation, peut alors découler de ces 'échelons' précédents que sont la méditation et la prière. Sous la lumière de l'Esprit Saint, nous pouvons alors goûter la présence du Seigneur auprès de nous, en nous, nous laisser toucher intérieurement par cette présence, pour en vivre et mettre en oeuvre cette Parole de Celui qui est présent "tous les jours jusqu'à la fin des temps". 

 


 

Le livre du Deutéronome mérite bien quelques réflexions pour accompagner l'accueil priant de cette Parole de Dieu. Nous vous proposons donc, "en vrac" quelques réflexions sur le chapitre 1 de ce livre biblique :

 

– Ce chapitre évoque un certain nombre de noms de lieux ou de peuples qui ne vous disent peut-être pas grand chose. Comment les accueillir dans la méditation? Ils signifient que le Seigneur s'est manifesté à son peuple dans une histoire précise et concrète, dans un contexte particulier. Ces lieux font partie de la mémoire que le peuple fait de cette présence active du Seigneur dans son histoire. C'est peut-être une invitation à faire nous-mêmes mémoire des circonstances précises dans lesquelles nous avons fait également l'expérience de cette Présence active du Seigneur. Quant aux royaumes cités, ils constituent les menaces qui pesaient sur l'existence du peuple. Or c'est le Seigneur lui-même qui a remporté la victoire sur ces puissants royaumes ou sur ces tribus menaçantes. Les Pères de l'Eglise nous ont bien montré comment ces puissances hostiles peuvent représenter pour nous ces forces mauvaises qui sont nos véritables adversaires et qui peuvent menacer nos coeurs (cf. par exemple le texte de saint Augustin proposé pour le mercredi des Cendres). Le texte de Dt 1,29-30 prend alors un relief particulier : "ne tremblez pas, n'ayez pas peur d'eux". Comment ne pas penser à la parole du Christ : "n'ayez pas peur!".

 

Certains lieux ont une valeur particulière : c'est le cas de l'Egypte, de l'Horeb, de la Terre Promise. L'Egypte représente le lieu de servitude d'où le Seigneur a sauvé son peuple. L'Horeb est l'autre nom dans la tradition biblique du Sinaï; il évoque la montagne où le Seigneur s'est révélé à son peuple pour établir avec ce peuple la qualité particulière de relation qu'est l'alliance. C'est là que le Seigneur a donné sa Parole à son peuple. Le Seigneur n'a donc pas seulement sauvé son peuple de la servitude, mais il a surtout voulu que ce peuple vive désormais, et tout au long de son histoire, de son amour. La sortie d'Egypte et l'alliance au Sinaï ne sont que les commencements de ce peuple; ils sont orientés vers un but : l'entrée et l'établissement en Terre Promise, ce lieu qui symbolise le repos du croyant comblé par la présence du Seigneur dans sa vie et recevant du Seigneur tous les dons qu'il lui offre. 

 

– Le Deutéronome accorde une grande importance à la route, et à la marche du peuple traversant le désert vers la Terre Promise. Ce déplacement physique du peuple peut être médité comme les éléments clefs du cheminement intérieur du croyant. Le texte de Dt 1,30-33 prend alors un relief particulier. Le Seigneur guide les croyants comme le Bon Pasteur qui marche en tête de son troupeau pour lui indiquer la route sûre; Le Seigneur guide son peuple aussi bien dans la nuit de l'épreuve que dans la lumière des moments plus heureux. 

 

– Dans ces chapitres du Deutéronome nous sont présentés deux expériences complémentaires de la présence du Seigneur dans nos vies : la marche et le repos. La marche qui permet, appuyé sur la Parole reçue (symbolisée par l'expérience du Sinaï, de l'Horeb), d'avancer dans une découverte toujours plus grande du Seigneur, de ce qu'il révèle. Le repos qui permet de faire l'expérience de la communion avec le Seigneur, en étant établis en sa présence dans l'action de grâce pour tous les dons reçus (repos symbolisé donc par la Terre Promise). Or cette double expérience est bien celle qu'ont vécue les disciples d'Emmaüs : leur coeur était brûlant sur la route quand le Christ cheminait avec eux leur expliquant les Ecritures ; le Christ s'était enfin révélé à eux dans la maison, lieu du repos, au moment de la fraction du pain. Parole de Dieu et Eucharistie nosu offrent donc la plus grande expérience de cette présence divine (cf. Lc 24).

 

– En Dt 1,33, le 'feu' et la 'nuée' expriment tout à la fois la manifestation de la présence du Seigneur et sa transcendance. Il est toujours et en même temps le tout proche et le tout autre. 

 

– Dès les premiers versets du Deutéronome, l'institution des Juges, souligne l'importance de l'organisation des hébreu en un peuple. C'est donc bien avec un peuple que le Seigneur fait alliance. Cela nous permet de méditer sur la dimension communautaire de notre vie chrétienne. Il y a bien une relation personnelle du Christ avec chacun, mais il ne faudrait pas tomber dans une forme d'individualisme. La dimension communautaire est donc nécessairement complémentaire de la dimension personnelle. 

 

– Ces juges sont invités à gouverner le peuple avec justice à la manière dont le Seigneur considère chacun : sans faire acception de personne (cf. Dt 1,17). Cette formule se retrouve tout au long de l'Ecriture, AT et NT, pour signifier que le Seigneur ne juge pas sur l'apparence, mais connaît les coeurs (cf. par exemple : Ac 10,34 ; Ga 2,6; Col 3,25; Ep 6,9; Rm 2,10-11; 1 P 1,17; renvoyant à Dt 10,17-18; 1 Sm 16,7; 2 Chr 19,7; Ac 15,8...).

 

Sainte lectio divina.

Christophe de DREUILLE

 

DIMANCHE 26 FÉVRIER 2012

 

Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route

Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin (Ps 24 – psaume de la messe de ce jour)

 

L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole venant de la bouche de Dieu (Antienne de l'Evangile de ce dimanche)

 

Le Seigneur votre Dieu marche à votre tête... le Seigneur ton Dieu te soutenait comme un homme soutient son fils, tout au long de la route (Dt 1,30-31 – lectio divina de cette semaine)

 

Alors que nous commençons aujourd'hui une nouvelle étape de notre parcours de lectio divina appuyée sur les premiers chapitres du Deutéronome, nous nous attachons comme chaque dimanche à souligner les liens entre les lectures bibliques de la messe dominicale et notre programme quotidien d'accueil de la Parole de Dieu.

 

En effet, la messe dominicale donne au peuple chrétien la nourriture nécessaire pour toute la semaine qui s'ouvre. Notre prière quotidienne à l'aide des feuilles de lectio divina nous permet d'en approfondir le message. C'est bien dans cette perspective que nous avons choisi Dt 1 – 8 pour nous accompagner dans notre marche vers Pâques, comme le peuple hébreu, sous la conduite de Moïse, avait marché vers la Terre Promise. 

 


 

En ce premier dimanche de Carême, notre marche vers Pâques commence par la contemplation de la victoire du Seigneur sur les forces du mal. Cette victoire était déjà annoncée par l'alliance conclue avec Noé, mettant fin au déuge (1ère lecture de la messe de ce dimanche). Elle est déployée par le Christ luttant victorieusement contre Satan au désert, et proclamant la proximité du Règne de Dieu et la Bonne Nouvelle du Salut. 

 

C'est dans ce contexte que Jésus nous invite à la conversion. Les différents dimanches de Carême de l'année B insistent sur cette thématique de l'alliance, qualifiant de manière radicalement originale la relation que le Seigneur a voulu instaurer avec son peuple. Depuis l'alliance avec Noé, jusqu'à l'annonce de la nouvelle alliance par le prophète Jérémie, il nous est donné de contempler un Dieu qui prend toute la responsabilité de l'alliance avec l'humanité pécheresses. La première conversion que nous avons à vivre, et donc celle de la contemplation et de l'émerveillement. Oui, cette qualité de relation nous est offerte. Oui, Dieu s'engage pour l'homme!

 

Cette alliance inconditionnelle déjà découverte par Noé, annoncée par le prophète Jérémie après le désastre de l'exil, est pleinement réalisée, définitivement accomplie, par le Christ dans l'offrande qu'il fait de sa vie sur la croix. Et nous en sommes les bénéficiaires par le baptême qu'avait préfiguré l'événement du déluge (comme le rappelle saint Pierre dans son épître).

 

Le Deutéronome est tout entier traversé par cette méditation sur l'alliance, et surtout par la responsabilité de l'homme en réponse à l'amour de Dieu. Le peuple avait déjà été sauvé de l'Egypte. Il doit maintenant apprendre à répondre chaque jour et concrètement à cette alliance que lui offre le Seigneur. C'est le sens du Sinaï et de la marche au désert jusqu'à la Terre promise. 

 

Jésus, conduit au désert par l'Esprit pour y demeurer 40 jours, met ses pas dans les pas du peuple hébreu qui avait jadis marché dans le désert pendant 40 ans, comme le rappelle Moïse dès le début du Deutéronome. Si Jésus lui-même a fait mémoire de ces événements liés à l'origine du peuple hébreu, nous pouvons bien en faire autant et relire à notre tour la signification de ce temps du désert. Mystérieusement, nous pouvons même découvrir dans ce séjour de Jésus au désert, la présence du Seigneur auprès du peuple tout au long de sa marche, le guidant vers la terre promise, le soutenant comme un père soutient son fils.

 

Le psaume de la messe de ce dimanche nous invite à méditer sur cette route que le Seigneur trace pour nous et sur laquelle il nous guide, si nous acceptons de marcher humblement, si nous acceptons de nous laisser guider. 

 

Enfin, sur cette route qui est la nôtre et sur laquelle notre Dieu se rend présent pour nous conduire vers la Terre Promise, une nourriture quotidienne nous est donnée pour que nous puissions avancer : le vrai pain, celui dont la manne était le signe. Comme le dit l'oraison de postcommunion de ce dimanche : 

 
"Seigneur, apprends-nous à toujours avoir faim du Christ, seul pain vivant et vrai, et à vivre de toute Parole qui sort de ta bouche"
 

 
Je reprendrai ce soir ou demain quelques aspects de notre lectio divina quotidienne dans ces textes du Deutéronome qui sont notre nourriture de cette semaine. Simplement, pour résumer le premier chapitre du Deutéronome, nous pouvons dire qu'il s'agit d'apprendre à écouter, pour vivre de la foi. Cette foi consiste à reconnaître le Seigneur présent à notre vie, actif dans notre histoire, et à nous appuyer sur lui, à nous laisser conduire par lui, à mette toute notre confiance dans le Christ qui est pour nous "le chemin, la vérité et la vie".
 
Christophe de DREUILLE

MERCREDI 22 FÉVRIER 2012 – Mercredi des Cendres

 

Peut-être vas-tu dire en ton coeur : "ces nations sont plus nombreuses que moi, comment pourrais-je les déposséder?" Ne les crains pas... ne tremble pas devant eux, car au milieu de toi est le Seigneur ton Dieu, grand et redoutable. (Dt 7,17 à 21)

 

Pour l'entrée en Carême, nous vous proposons dans sa longueur une homélie de saint Augustin sur le Combat spirituel. Le saint évêque relit les chapitres du Deutéronome qui nous accompagnent dans notre lectio divina quotidienne et les interprète dans le sens du combat spirituel que le chrétien doit mener contre le mal, uni au Christ vainqueur.

 

Que la Parole de Dieu vous guide tout au long de ce saint temps du Carême.

 

Christophe de DREUILLE


SAINT AUGUSTIN : 35e sermon. Sur le combat spirituel

 

1. Frères bien-aimés, si nous voulons considérer avec attention notre point de départ et notre destinée, nous serons, faute de forces, impuissants à remercier Dieu. Nous sommes, en effet, les enfants d'Israël: nous avons subi, en Egypte, le joug de Pharaon, et la puissance de ce roi orgueilleux a lourdement pesé sur nous. Car le prince de ce monde ne trouvait-il pas sa joie à nous écraser sans relâche sous l'insupportable fardeau de l'esclavage, et à nous accabler incessamment d'occupations et d'œuvres serviles? Il nous obligeait à faire cuire des briques: si, seulement, nous avions eu à construire un temple au Seigneur avec les pierres précieuses des vertus! Mais non; il nous fallait, par ordre, élever un édifice purement terrestre. Voilà, néanmoins, que le Dieu de nos pères, le Dieu béni de tous les siècles, nous a tirés de l'Egypte, c'est-à-dire des ténèbres où vivait le vieil homme; il a brisé les chaînes dont nous tenait chargés une domination tyrannique, et nous a fidèlement introduits dans la terre promise. Nous sommes entrés dans ce pays de la promesse, du moment où nous avons renoncé aux convoitises mondaines pour placer nos confiantes et solides espérances dans l'éternité: et déjà nous possédons en espérance les biens futurs dont la grâce divine nous accordera plus tard la réelle jouissance. La grâce de l'espérance n'avait-elle pas déjà mis en possession de cette terre des vivants ceux à qui l'Apôtre Pierre adressait ces paroles: «Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple conquis, pour annoncer les grandeurs de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ?»

2. Mais de ce que nous ayons été introduits dans cette terre promise, sous la conduite de la grâce divine, il ne suit nullement que nous devions nous livrer au repos et céder à la nonchalance ou à la paresse: succomber au sommeil, s'abandonner à une imprudente sécurité, est chose malsaine. Il est donc utile pour nous de ne jamais nous coucher sans être revêtus des armes des vertus, afin de ne point rester un seul instant sans défense: il nous faut combattre avec acharnement les dangereux et cruels ennemis de notre salut; car c'est par la guerre qu'on arrive à la paix; c'est aussi par le travail qu'on parvient au repos. En effet, point de victoire sans combat, point de triomphe sans victoire. Nous avons des ennemis au-dedans de nous-mêmes; si nous ne voulons point périr avec eux, c'est pour nous une impérieuse nécessité de lutter contre eux sans faiblesse comme sans relâche. Les ennemis qui nous ont déclaré la guerre, avec lesquels nous sommes toujours en lutte, ne se trouvent point séparés de nous par de larges fossés, par des remparts flanqués de tours, par des rivières profondes; d'abruptes montagnes ne s'opposent pas à leur marche en avant. Ils sont toujours avec nous, parce qu'ils se tiennent dans les secrets replis de notre âme. Les vices principaux sont au nombre de sept, et de cette race de vipères sortent, comme d'une source fétide, toutes les autres passions, pareilles à autant de rejetons venimeux. Voici leurs noms: L'orgueil, l'avarice, la vaine gloire, la colère, l'envie, la luxure et la haine. Nous omettons d'en parler d'une manière plus expresse, car la plupart de ceux qui ont traité de la parole divine nous ont laissé à cet égard une foule de réflexions; pour le moment, il nous suffira d'affirmer ceci: c'est que quiconque aura négligé de les combattre, quiconque, avec l'aide de Dieu, ne les aura pas vaincues, ne pourra jamais ni triompher dans les luttes spirituelles, ni, par conséquent, mériter la couronne de la victoire: « On ne sera couronné qu'après avoir combattu vaillamment ».

3. Voilà bien les nations que Moïse ordonnait au peuple israélite de faire disparaître de la surface de la terre, sans avoir jamais contracté avec elles aucune alliance! Il s'exprimait ainsi: «Lorsque le Seigneur, ton Dieu, t'aura introduit dans la terre que tu vas posséder, et qu'il aura exterminé plusieurs nations devant toi, les Héthéens, les Gergézéens, les Amorrhéens, les Chananéens, les Phérézéens, les Hévéens et les Jébuzéens, sept nations beaucoup plus nombreuses et plus puissantes que toi, et que le Seigneur, ton Dieu, te les aura livrés, tu les frapperas jusqu'à la mort. Tu ne feras pas d'alliance avec eux et tu n'auras pas pitié d'eux (Dt 7,1-2)». Vous venez de l'entendre, frères bien-aimés, le Dieu tout-puissant a livré en nos mains les nations acharnées à notre perte, et, par une disposition particulière de sa providence, il les a fait disparaître de devant nous. Pourquoi, alors, dégénérer et croupir dans la langueur? Pourquoi ne pas nous saisir de la victoire qui nous est envoyée du ciel? Puisque le Seigneur a décrété la défaite de nos ennemis, pourquoi ne point nous acquitter de la part d'action qui nous est dévolue? Si nous pesons bien les unes après les autres toutes les paroles précitées, nous voyons que, dans les desseins de l'Éternel, ces nations sont déjà jetées par terre et qu'il nous ordonne de les frapper et de les détruire nous-mêmes. Voici les termes dont se sert Moïse: «Lorsque le Seigneur, ton Dieu, t'aura introduit dans la terre que tu vas posséder, et qu'il aura exterminé les nations»; puis il ajoute bientôt: «Tu les frapperas». De là, il est plus clair que le jour que, dans sa prescience, le Dieu tout-puissant en a déjà fini avec nos adversaires; mais il a décidé que leur extermination se fera par notre intermédiaire. Il combat lui-même et il nous invite à vaincre. Il détruit les forces ennemies, et il nous réserve l'honneur du triomphe. Il veut que son courage nous fasse remporter la victoire, afin de pouvoir accorder à nos succès la couronne de myrte. Ne laissons donc pas notre courage se briser sous l'effort du désespoir, puisque la force d'en haut nous exhorte vivement à lutter avec énergie. Que la faiblesse inhérente à la nature humaine ne vienne en rien nous arrêter, puisque nous combattrons sur l'ordre de Dieu et appuyés sur son autorité. Écoutons, comme s'appliquant à nous, ces paroles adressées aux Israélites par Moïse: «Ne crains point, mais souviens-toi de ce qu'a fait le Seigneur, ton Dieu, contre Pharaon et tous les Egyptiens, et de ces grandes plaies que tes yeux ont vues, et de ces prodiges, et de ces miracles, et de cette puissante main, et de ce bras étendu pour te tirer de l'Égypte. Ainsi tu traiteras tous les peuples que tu redoutes (Dt 7,18-19)». Pourquoi donc nous défier de notre faiblesse, quand nous avons pour éclaireur et pour guide dans nos luttes Celui-là même qui inspire le courage? Il suscite le combat, il nous y mène, il nous promet le succès, et il ne nous l'accorderait pas! Il y est tenu. Que notre âme s'enflamme donc d'une ardeur guerrière; qu'elle se précipite sur le champ de bataille, pour mettre en déroute les masses ennemies, puisque les lâches eux-mêmes brûlent du feu des combats! Pas d'alliance entre nous et nos adversaires! Pas d'arrangements qui nous forcent à la paix!

4. Ne pas aller au combat, c'est une honte; y aller et agir avec mollesse, c'est s'exposer à un danger certain de mort. «Mieux vaut, en effet, ne pas connaître la voie de la justice, que de retourner en arrière après l'avoir connue ». Plusieurs, ayant reçu l'instruction nécessaire pour exercer le métier des armes spirituelles, tombent dans une telle tiédeur d'âme, deviennent si mous que, s'ils ont encore la force de ne pas faire le mal, ils n'ont pas le courage de travailler à leur avancement dans le bien. Pour eux, le moindre des soucis est de vaincre la faim par la diète, de résister aux plaisirs de la table, de supporter les rigueurs du froid, de s'imposer les veilles les plus ordinaires. Ils seraient bien fâchés d'empiéter sur le terrain des choses défendues, mais ils sont tout aussi portés à jouir des choses permises. Vous les voyez engagés dans les rangs de la sainte milice, mais ce que c'est que le combat spirituel, ils l'ignorent complètement. Leurs noms sont inscrits sur la liste des soldats, et les devoirs de l'état militaire leur sont évidemment inconnus: la preuve en est qu'ils ne craignent pas de marcher sans armes dans les rangs d'hommes armés; ils ne rougissent nullement de s'avancer avec nonchalance et dépourvus de leurs ceinturons, au milieu de guerriers cuirassés; aussi se laissent-ils ébranler par le premier coup de n'importe quel javelot, et tomber par terre, parce qu'ils ne sont point protégés par le bouclier d'une prudente circonspection.

5. Voulez-vous des preuves qui attestent qu'un homme fait des progrès sur le champ de bataille spirituel? Les voici: il avance, si les efforts que les vices tentent contre lui sont plus mous, s'il réprime aisément les révoltes de la chair, s'il apaise avec moins de difficulté le tumulte soulevé par le choc de ses pensées, s'il arrache, aussitôt qu'elles se montrent, les naissantes épines des convoitises charnelles; si, avec le glaive de la crainte de Dieu, il tranche incontinent la tête orgueilleuse de la superbe, de la luxure et de tous les autres vices. A quoi bon, d'ailleurs, faire partie de la sainte milice, si, comme au début de son apprentissage militaire, on doit laisser tomber ses bras à l'heure de la bataille et trembler sur ses genoux encore mal affermis? C'était pour les garantir de ce nonchalant laisser-aller, que l'éloquent prédicateur Paul adressait à ses disciples les paroles que voici: «Relevez vos mains languissantes et fortifiez vos genoux affaiblis; marchez d'un pas ferme dans la voie droite, et si quelqu'un vient à chanceler, qu'il prenne garde de s'écarter du chemin ». Une main habile à combattre parvient facilement au triomphe, et un corps qui s'accommode de la cuirasse se porte vivement au combat.

Pour ceux qui tendent à la perfection, il faut, autant que possible, leur persuader de conserver une sévérité salutaire, et d'apprendre plutôt à ignorer le vice qu'à le vaincre. Puissent ces hommes, qui font profession d'être morts avec le Christ, éprouver une véritable honte d'avoir encore à dompter les mouvements rebelles de la chair et les passions effrénées de l'esprit, contre lesquelles il faut lutter comme si l'on se trouvait toujours au début du combat! Autrement, quand ils auraient déjà acquis, par leur valeur, le droit de se reposer, ils se retrouveraient encore dans les rangs de ceux qui commencent seulement à exercer le métier des armes. Lorsqu'un soldat du Christ est encore novice, il doit donc apprendre à en venir aux mains, et, suivant l'occasion, s'opposer à tous les vices qui pourraient se manifester en lui. Qu'il soit donc prévoyant, qu'il porte de tous côtés les regards éveillés d'une attentive circonspection, qu'il se tourne de çà de là et oppose à tous les traits qu'on lui envoie le bouclier d'une habile défense; c'est ainsi que, par l'humilité, il viendra à bout de l'orgueil, qu'il réfrénera la gourmandise par la sobriété, qu'il écrasera la colère par la douceur, qu'il domptera l'avarice par ses largesses, que la crainte du feu éternel éteindra l'ardeur de ses passions honteuses, et qu'enfin la poutre de la haine sera consumée par la flamme de son ardente charité. Il se plaît à contempler une pareille lutte, le Dieu qui sonde les profondeurs de l'âme et à qui rien n'échappe de ce qui s'y passe. Ce spectacle réjouit aussi les anges, puisque la nature humaine profite des combats qui se livrent contre elle, pour devenir meilleure et rentrer avec eux dans cette société dont elle avait été exclue; puisqu'en luttant, elle tend à rentrer en possession de cette paix véritable qu'elle avait perdue jadis pur s'être écoutée et n'avoir pas résisté à ses convoitises.

6. Mes frères, ne nous plaignons point de ce qu'il ne suffit pas de nos désirs pour remporter immédiatement une victoire complète sur nos ennemis: ne nous chagrinons nullement de nous voir toujours en butte aux chagrins, aux peines, aux soucis et aux insupportables ennuis qu'engendrent de continuelles fluctuations d'esprit. En cela se voit la preuve de l'action providentielle de Dieu; une victoire remportée trop vite gonflerait d'orgueil notre âme; tombant des hauteurs où elle se serait élevée, elle ne ferait qu'une plus lourda chute, et elle attribuerait l'honneur de son triomphe non à Dieu, son véritable auteur, mais uniquement à elle-même. Telle est la raison de ces paroles adressées par Moïse au peuple juif: «Après t'avoir éprouvé et puni, le Seigneur a pris enfin pitié de toi, afin que tu ne dises point dans ton cœur: Ma puissance et la force de mon bras m'ont donné tous ces biens, mais pour que tu te souviennes que le Seigneur, ton Dieu, t'a lui-même donné toute ta force (Dt 8,16-18)». Voilà aussi pourquoi il arrive souvent qu'une âme, après avoir remporté sur elle-même de grandes et nombreuses victoires, cède en face d'un obstacle, peut-être de minime importance, bien qu'elle ne néglige point les précautions d'une vigilance minutieuse: c'est là l'effet d'une disposition de la Providence; car un homme, brillant de l'éclat de toutes les vertus, se laisserait aller à l'enflure de l'orgueil; se voyant, au contraire, et malgré ses longs efforts, au-dessous d'une mince tentation, après en avoir victorieusement supporté de très violentes, il attribue son triomphe, non pas à lui-même, mais au Dieu dont la grâce l'a aidé à dominer les ennemis qu'il a vaincus. Voilà pourquoi il est écrit: «Telles sont les nations que le Seigneur a laissé subsister, afin de s'en servir pour l'instruction d'Israël». Israël est instruit par les nations qui n'ont point péri; et aussi, par les faibles tentations qui lui font échec, notre âme apprend que, d'elle-même, elle n'est jamais venue à bout des plus grandes.

7. Frères bien-aimés, ce qui doit fixer toute notre attention, puisque nous avons le bonheur d'appartenir à la sainte milice, le voici: Notre âme, revêtue de l'armure des vertus, doit s'exercer toujours au combat spirituel et tâcher d'en finir avec ces vices hideux qui rôdent sans cesse autour de nous pour nous corrompre; employons à cette lutte toute l'ardeur dont nous sommes capables. De quel avantage aurait-il été aux Juifs de sortir de la terre d'Egypte et de s'en tenir là, sans pouvoir écraser la puissance de leurs ennemis dans une guerre d'extermination? Auraient-ils ensuite joui paisiblement de la possession de la terre promise? Evidemment, non. Seraient-ils parvenus à ce but tant désiré, si, après s'être dérobés à la tyrannie de Pharaon, sous le joug de laquelle on leur permettait de mener encore une vie telle quelle, ils avaient, par leur indolente incurie, engagé les Cananéens à leur mettre l'épée sur la gorge? Secouons donc, frères bien-aimés, secouons une torpeur indigne de nous, torpeur d'une âme paresseuse et sans énergie; car, ne voulons-nous point parvenir à la couronne par de vaillants et généreux combats? Soyons toujours prêts à repousser loin du champ de notre cœur les bataillons des vices et les bêtes sauvages qui voudraient y pénétrer; ne leur permettons pas de mettre le pied dans ce qui est de notre domaine et d'y établir leur détestable pouvoir. Dieu daigne nous en faire la grâce! Que nos ennemis ne nous voient jamais céder lâchement devant eux! Que jamais ils ne puissent se vanter et se réjouir de nous avoir fait reculer. Nous avons à notre tête, pour nous diriger dans les combats, un chef invincible; nous pouvons et devons lui dire: «Seigneur, jugez ceux qui me persécutent, combattez ceux qui me combattent; prenez vos armes et votre bouclier, levez-vous pour me secourir ». Il est bienheureux, le guerrier spirituel qui marche à la suite d'un tel chef sur les champs de bataille, et mérite d'obéir aux ordres d'un pareil général; car Dieu accorde l'audace à ce hardi champion, il lui donne la victoire comme récompense de ses efforts, et après la victoire la couronne du triomphe. Que dis-je? Le Dieu béni dans tous les siècles n'est-il pas lui-même la largesse accordée aux combattants, la récompense réservée au mérite, l'éternelle couronne qu'attendent les triomphateurs?

SAINT AUGUSTIN

DIMANCHE 19 FÉVRIER 2012

 

Que ces Paroles que je te dicte aujourd'hui restent dans ton coeur (Dt 6,6)

 

Cette semaine, nous terminons la première étape de notre parcours en Dt 1-8, ce temps de la lecture suivie du texte dans sa longueur et sa cohérence, ce temps d'écoute, d'accueil, de disponibilité.

 

Nous pourrons être sensibles durant cette semaine à tout ce que le Deutéronome nous dit sur l'accueil, la mise en pratique, et la transmission de la Parole de Dieu, nourriture essentielle de nos coeurs. Ces chapitres nous plongent en effet au coeur de la pédagogie divine de la lectio divina. Cette écoute et cet accueil sont à vivre "aujourd'hui". La Parole de Dieu reçue pourra alors nous accompagner tout au long de notre journée "aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché, aussi bien que debout". Nous pourrons alors parvenir à la "contemplation" qui nous permet de découvrir l'amour de Dieu pour nous. En effet, si le Seigneur nous a choisis, ce n'est pas en raison de mérites personnels, mais simplement parce qu'il nous aime. 

 


 

Comme toujours, les lectures de la messe de ce dimanche font écho au programme de notre lectio divina quotidienne. Il y est question de la nouveauté qu'introduit la révélation du Seigneur (1ère lecture), de la fidélité de Dieu dans ses promesses, et surtout  d'un homme qui va devenir capable de marcher, et donc de vivre ce cheminement spirituel tracé par la Parole de Dieu révélée dans le Deutéronome.

 

En effet, le récit de la guérison du paralytique de Capharnaüim procède par un triple déplacement

 

- du paralytique, le regard est invité à se déplacer vers les quatre hommes qui ont trouvé une solution ingénieuse pour permettre à l’infirme de franchir l’obstacle le séparant de Jésus, et de la possibilité de sa guérison. L’audace de ces hommes permet en effet à l’exclu d’être placé au cœur de l’assemblée. Celui qui aurait dû rester à la dernière place, à l’extérieur, se retrouve à la première place, à l’intérieur de la maison. C’est ainsi que se manifeste concrètement la foi sur laquelle Jésus s’appuiera pour relever le paralytique.

 

- de la guérison du corps à celle du cœur :C’est le second déplacement auquel nous invite ce récit. La restauration de l’intégrité du corps infirme n’est que le signe de la véritable mission de Jésus : offrir aux hommes un relèvement d’un autre ordre, c’est-à-dire le pardon de leurs fautes. Cette thématique n’occupe pas moins de 6 versets sur les 12 du texte. Ce miracle sera donc l’occasion de révéler le véritable pouvoir de Jésus. S’il peut soulager les détresses physiques, ce qui ne sera pas remis en cause, il est surtout capable de pardonner. La réaction indignée des scribes rappelle qu’il s’agit là d’une prérogative divine. Jésus manifeste alors qu’il est revêtu de cette autorité divine qui lui permet à la fois de connaître les pensées du cœur et surtout de « remettre les péchés ».

 

- du relèvement à la résurrection : Le verbe « se lever » (v. 9.11 et 12) est celui dont se servent les Evangiles pour parler de la résurrection. L’ultime déplacement de ce récit oriente définitivement nos regards vers le mystère pascal du Christ. Dans sa passion et sa mort, il a délivré l’homme de ses fautes. Dans sa résurrection, il a relevé l’homme paralysé par son péché, et lui donne désormais de marcher.

 

Alors le paralytique guéri, portant son brancard comme trophée de son relèvement, pourra "suivre tout le chemin que le Seigneur  a tracé" (Dt 5,33).

 

Sainte lectio divina à tous. 

 

Christophe de DREUILLE

DIMANCHE 12 FÉVRIER 2012

 

Et maintenant Israël, écoute les lois et les coutumes que je vous enseigne aujourd’hui pour que vous les mettiez en pratique, afin que vous viviez (Dt 4,1)

 

Dieu qui veut habiter les cœurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce, alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure (Oraison de ce dimanche)

 

Faites tout pour la gloire de Dieu. Ne soyez un obstacle pour personne (1 Co 10,31-32 – 2e lecture de la messe de ce dimanche)

   

 

L’Evangile de la messe de ce dimanche nous invite à contempler et à célébrer – dans le Christ guérissant le lépreux qui le supplie – notre Dieu capable de visiter son peuple,

un Dieu capable de se faire proche de celui qui est éprouvé et de prendre soin de lui,

un Dieu capable d’écouter et d’exaucer la prière de celui qui crie vers lui,

un Dieu capable de purifier celui qui est corrompu et considéré comme impur.

Ce qui s’accomplit en plénitude dans la personne de Jésus avait trouvé déjà un commencement de réalité dans la présence du Seigneur guidant son peuple au désert à l’époque de Moïse. Tel est bien le propos du Deutéronome qui consiste précisément à relire l’histoire des origines du peuple d’Israël pour y discerner et y souligner cette présence active du Seigneur et la qualité unique de relation qu’il offre à ce peuple.

 

La semaine dernière, la première lecture des chapitres 1 à 3 nous avait donné accès à cette mémoire des 40 années de la marche au désert des Hébreux, guidés par le Seigneur lui-même qui n’a jamais abandonné son peuple, même lorsque ce dernier se rebellait.

Au début du chapitre 4, nous entrons dans un nouveau développement du Deutéronome : « Et maintenant… aujourd’hui ». La loi et les commandements par lesquels le Seigneur patiemment veut éduquer son peuple sont à recevoir et à mettre en pratique « aujourd’hui ». C’est ainsi que le peuple pourra entrer et s’installer en Terre Promise.

 


 

Quelques remarques sur la première semaine de ce parcours de lectio divina en Dt 1 à 8 :

  • – comme nous venons de le voir, notre lectio quotidienne nous a fait parcourir cette relecture de la marche au désert pendant 40 ans. Certains passages ont pu paraître peu suggestifs, la progression du peuple hébreu difficile à suivre, les noms de lieux et de peuples peu connus. Comment alors lire ces textes dans le cadre de la lectio divina ?
  • – Tout d’abord cette première lecture, sans textes complémentaires, est destinée à nous mettre à l’écoute du texte, à le laisser résonner en nous. La méditation viendra plus tard. Peut-être que sur 10 ou 20 versets, un seul, voire un mot ou une expression auront attiré notre attention. Gardons cela dans notre prière et dans notre mémoire ; nous pourrons y revenir lors de la 2e et 3e lecture.
  • – Cette lecture « suivie » des 8 premiers chapitres du Deutéronome a aussi le mérite de nous faire découvrir un texte biblique que nous ne connaissions peut-être pas. Plus nous prenons l’habitude de lire la Bible, toute la Bible et non de simples « morceaux choisis », plus cette lecture même deviendra aisée, plus en effet nous deviendrons des « familiers de la Bible ».
  • – Sans entrer encore trop avant dans la méditation, nous pouvons durant ces trois semaines nous attacher à ce que le Seigneur révèle de lui-même à son peuple dans ces textes du Deutéronome : il est présent à son peuple, il prend soin, il guide, il porte son peuple, il parle, il donne…
  • – N’oublions pas que, en plus de la lectio divina quotidienne, il est toujours possible de relire, tel ou tel jour de la semaine, un des textes bibliques de la messe du dimanche précédent. Ils sont donnés au peuple chrétien pour nourrir la semaine des croyants.
  • – Enfin, durant cette étape de notre parcours de lectio divina, il est également possible d’accompagner l’accueil quotidien du texte du Deutéronome par un psaume. Par exemple par un des paragraphes du Ps 119 (118 dans la liturgie), tel le paragraphe 6 : Ps 118, 41 - 48.

 

Sainte lectio divina à tous.

Christophe de DREUILLE

 

   

DIMANCHE 5 FÉVRIER 2012

 

Le Seigneur notre Dieu nous a parlé à l'Horeb (Dt 1,6)

 

Nous commençons aujourd'hui un nouveau parcours de lectio divina. Nous avons choisi les 8 premiers chapitres du Livre du Deutéronome. Ce livre biblique qui signifie littéralement "seconde loi", consiste en fait en une relecture des événements de l'exode et de la période du séjour de 40 ans au désert que le peuple Hébreu a vécu après sa sortie d'Egypte. C'est dans ce désert, plus précisément à la montagne du Sinaï (appelée aussi Horeb), que le Seigneur a donné sa Parole au peuple qu'il s'est choisi. Jusque-là le Seigneur s'était adressé à des personnages précis, à une famille, celle d'Abraham. Désormais, il offre sa Parole à un peuple entier. Cette Parole donnée est celle sur laquelle le peuple Hébreu est invité à s'appuyer pour avancer, marcher dans l'espérance jusqu'à la terre promise.

Cette Parole donnée à l'Horeb a scellé l'alliance qui désormais va définir la qualité particulière de relation que le Seigneur offre à son peuple qu'il avait sauvé de la servitude d'Egypte.

La relecture que fait le Deutéronome invite le croyant à lire dans son existence la présence agissante du Seigneur et à répondre par sa foi à cette alliance que le Seigneur ne cesse de conclure avec chacun de nous. 

La Parole de Dieu dont Moïse a été un témoin privilégié est celle qui choisit ce peuple, qui le constitue et l'organise comme peuple, qui se fait bénédiction pour ce peuple, qui met ce peuple en route vers la Terre Promise, qui enfin le dispose à entrer dans cette Terre. 

La première lecture de ces chapitres 1 à 8, durant les trois semaines qui viennent, nous invite à accueillir cette Parole de Dieu, à en découvrir le message. Durant cette première étape de notre parcours, nous demandons à l'Esprit Saint de nous rendre disponibles pour recevoir cette Parole de Dieu avec un coeur attentif. "Donne-moi, Seigneur, un coeur capable d'écouter" : cette prière du jeune roi Salomon doit devenir la nôtre, particulièrement dans cette première étape de notre lectio divina quotidienne. 

Comme d'habitude, nous poursuivrons ensuite ce parcours, jusqu'à Pâques, en vous proposant une deuxième et troisième lecture de ces chapitres pour en approfondir le message et y apporter notre réponse.

 

Sainte lectio divina à tous.

 

Christophe de DREUILLE

 

DIMANCHE 1er JANVIER 2012

 

Chers amis, 

 

en cette nouvelle année, c'est avec les formules de la Parole de Dieu elle-même que nous venons vous présenter tous nos voeux à vous tous qui persévérez dans la lectio divina quotidienne ou qui souhaitez découvrir cette belle aventure spirituelle de l'accueil quotidien de la Parole de Dieu : 

 

Que le Seigneur vous bénisse et vous garde !

Que le Seigneur fasse briller sur vous son visage, qu'il se penche vers vous !

Que le Seigneur tourne vers vous son visage, qu'il vous apporte la paix 

(Nb 6 – 1ère lecture de la messe de ce dimanche)

 

Notre programme de lectio divina quotidienne nous invite aujourd'hui à méditer sur le séjour de Jésus au désert, après son baptême dans le Jourdain. Il y est conduit par l'Esprit. Affronté au diable et à ses tentations, c'est par son enracinement dans la Parole des Ecritures que le Christ, Verbe du Père, écarte toutes ces tentations : 

 

Ce n'est pas de pain seulement que vivra l'homme, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt 4,4).

 

S'il y a une personne de notre humanité qui est le modèle de cet accueil fidèle de la Parole de Dieu, c'est bien la Vierge Marie, que nous célébrons aujourd'hui dans son titre traditionnel de "Mère de Dieu". Dans l'Evangile de la messe de ce dimanche, elle est décrite comme le modèle de la lectio divina :

 

Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur (Lc 2 – Evangile de ce dimanche).

 

Avec Marie, demandons à l'Esprit Saint de nous guider tout au long de cette année pour que nous gardions et méditions chaque jours la Parole du Seigneur, pour que nous découvrions les signes que le Seigneur nous donne de sa présence et de son action pour nous. 

 

Sainte lectio divina en cette nouvelle année.

Christophe de DREUILLE

 

 

MERCREDI 28 DÉCEMBRE 2011

 

Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos Pères par les prophètes, sous des formes fragmentaires et variées; mais dans les derniers temps, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé en son Fils (He 1,1 – 1ère lecture de la messe du jour de Noël)

 

Au commencement était le Verbe... et le Verbe s'est fait chair et il a planté sa tente parmi nous (Prologue de Jn – Evangile de la messe du jour de Noël)

 

Livre du Commencement de Jésus Christ, Fils de David, Fils d'Abraham (Mt, 1,1)

 

pour que s'accomplît l'oracle des prophètes (Mt 2,23)

 

Puisqu'en ce jour, Seigneur, les saints Innocents ont annoncé ta gloire, non point par la parole, mais par leur seule mort, fais que notre vie tout entière témoigne de la foi que notre bouche proclame (Oraison de ce 28 décembre)

 

Dans cette octave de Noël, pendant laquelle durant 8 jours nous célébrons le jour de la Nativité du Seigneur, nous ne cessons de méditer sur cet événement humble en apparence, mais décisif pour l'histoire de l'humanité et de la création : le Verbe éternel a pris un visage d'homme; il est devenu un tout petit enfant, vulnérable, sans défense. Et c'est dans cet enfant de la crèche que le Père a voulu tout nous donner, tout nous dire. 

 

Notre lectio divina quotidienne nous invite à recevoir, ces jours-ci, le témoignage de ces "commencements" de Jésus Christ selon la chair. Les premiers chapitres de l'Evangile selon saint Matthieu nous y invitent. Ils le font en soulignant plusieurs points : 

– L'accomplissement des Ecritures : c'est le refrain qui traverse ces 4 premiers chapitres de l'Evangile et ponctue chacun de ses récits. Cela commence de manière magistrale par la généalogie qui part des promesses faites à Abraham (cf. Gn 12) et renouvelées à David (cf. 2 Sm 7). Malgré, ou plutôt au travers, des aléas de l'histoire du peuple de Dieu, et de ses infidélités sanctionnées par le drame de l'exil, Dieu se fraie un chemin de génération en génération pour que, en la personne de Jésus, toutes les promesses trouvent leur parfait accomplissement. Après l'annonce à Joseph et la naissance de Jésus à Bethléem, c'est le grand épisode qui met en scène l'opposition violente d'Hérode (depuis le récit des mages venus d'orient jusqu'au retour d'Egypte de la saitne Famille) qui est scandé par cet appel aux Ecritures. 

Pour saint Matthieu, comme nous le voyons d'ailleurs également chez saint Luc, c'est cet accomplissement des Ecritures qui est la source de la vraie joie de Noël : la joie du salut en train de poindre. En effet, si la naissance de Jésus est le début de l'accomplissement des Ecritures, cela signifie qu'avec Jésus, nous entrons dans la plénitude des temps. Or les prophètes avaient annoncé qu'à la plénitude des temps, le Seigneur viendrait visiter son peuple et sauver tous ceux qui étaient enfermés dans les ténèbres. Cette joie, merveilleusement entrevue par le prophète Sophonie que nous méditions il y a quelques jours, peut enfin illuminer les coeurs. 

 

– le paradoxe de la joie de Noël avec le violent refus d'Hérode : ce thème tient également une grande place dans les commencements de l'Evangile selon saint Matthieu. Cela nous évite d'avoir une conception trop naïve, trop superficielle de la joie de la Nativité. C'est la joie du salut à l'épreuve de la violence des hommes. Tel est bien le sens de la fête d'aujourd'hui : le martyre des saints Innocents, que notre lectio divina de ces jours permet de situer dans son contexte. Cela nous rappelle que la joie du Salut passe par l'épreuve de la Passion, de la Croix et de la mort de Jésus. C'est tout  cela que Noël annonce.

Saint Luc avait souligné la précarité des conditions de la naissance de Jésus, couché dans une mangeoire; les Pères de l'Eglise feront le lien entre le bois de la crèche et celui de la croix, entre les langes qui enveloppent l'enfant Jésus et le suaire qui recevra son corps supplicié ; les icônes de la Nativité représentent la grotte de Noël semblable à la grotte du sépulcre... Quelle est donc cette joie de Noël? Non pas celle qui fait fi des violences, des oppositions, des refus, des haines de ce monde, mais celle qui annonce la confrontation de l'amour de Dieu avec ces forces mauvaises, et surtout déjà la victoire définitive et totale qui sera obtenue par cet enfant, avec comme seule arme, son amour pour son Père et pour les hommes. Alors oui, nous qui sommes encore dans le combat spirituel, nous pouvons vraiment entrer dans la joie de Noël. 

 

Saintes fêtes de Noël à tous, et sainte lectio divina en cette grande semaine de l'octave de la Nativité du Seigneur.

 

Christophe de DREUILLE