Lectio divina - Saint Pierre
Fête de Pâques, du 16 au 22 avril :  Paques 2017
 
Nous prions avec la 1ère Lettre de saint Pierre : 
 
du 23 avril au 13 mai, semaines 1 à 3
 
du 13 au 20 mai : semaine 4
 
du 21 au 27 mai : semaine 5
 
du 27 mai au 3 juin : semaine 6
 
du 4 au 10 juin : semaine 7
 
du 11 au 17 juin : semaine 8
 
du 18 au 24 juin : semaine 9
 

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MARDI 17 AVRIL 2012

 

Pour les jours qui viennent, notre lectio divina quotidienne nous offre les lettres aux 7 Eglises qui constituent comme autant d'examens de conscience des communautés chrétiennes concernées. Les situations sont diverses et contrastées, certaines vivent fidèlement de l'Evangile, elles sont invitées à persévérer. D'autres ont plus de mal à faire passer dans leur vie les exigences de l'Evangile, elles sont invitées à se convertir sans plus attendre. Par la diversité de leurs comportements, elles représentent la totalité de l'Eglise dans son unité et dans sa diversité ; elles résument toute une gamme de réactions, positives ou négatives qui se retrouvent dans toute communauté chrétienne. Le but est toujours de pouvoir cheminer vers le bonheur qu'il y a à vivre de la communion avec le Christ, et dans le Christ, avec le Père. C'et en cela que nous pourrons être vainqueurs avec le Christ. 

 

Nous vous proposons une brève explication de quelques versets de Ap 2, 1 - 11 (lettres aux Eglises d'Ephèse et de Smyrne) : 

 

 "A l'Ange de l'Eglise d'Ephèse, écris: Ainsi parle celui qui tient les sept étoiles en sa droite et qui marche au milieu des sept candélabres d'or.

 

Avec les symboles que nous avons déjà expliqués hier, nous pouvons lire dans ce verset l'action du Christ au bénéfice de l'Eglise ("il tient les étoiles dans sa main droite"), et surtout sa présence au milieu des croyants rassemblés ("il marche au milieu des 7 candélabres"). 

 

ceux qui usurpent le titre d'apôtres, et tu les as trouvés menteurs... Il y a pour toi que tu détestes la conduite des Nicolaïtes, que je déteste moi-même... ceux qui usurpent le titre de Juifs - une synagogue de Satan plutôt!

 

Les communautés chrétiennes sont exposées à la prédications de "faux apôtres" qui annoncent faussement l'Evangile du Christ, elles sont confrontées également à la menace de sectes parmi lesquelles Jean nomme les "Nicolaïtes" qui pourraient séduire les chrétiens et les détourner de l'Evangile du Salut. Certaines de ces sectes se présentent sous l'allure du judaïsme. Toutes ces séductions sont ici dénoncées pour aider les chrétiens à ne pas se laisser abuser et pour soutenir leur persévérance.

 

Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Eglises:

 

ce refrain, qui revient dans chacune de ces lettres, invite les chrétiens à mettre en pratique la Parole qui vient de leur être donnée. Ils ne doivent ni endurcir leur coeur, ni différer la conversion qu'il ont à vivre. 

 

au vainqueur, je ferai manger de l'arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu.

 

Le chrétien est invité à vivre de la victoire du Christ sur le mal, à en être vainqueur avec le Christ. Tel est bien le sens du combat spirituel qui fait partie de notre vie chrétienne : nous sommes bien dans le combat; mais, unis au Christ vainqueur, la victoire nous est donc assurée. La mention de "l'arbre de vie" évoque le Paradis de Gn 2 et signifie la communion avec le Seigneur, le don de la vie éternelle. Les verbes au futur évoquent la dimension de promesse de la Parole de Dieu. 

 

vous aurez dix jours d'épreuve

 

Selon la symbolique des nombres, 10 évoque une durée limitée. L'épreuve aura donc une fin. 

 

le vainqueur n'a rien à craindre de la seconde mort.

 

Jean souligne la différence entre la mort comme le terme de la vie terrestre et la mort comme lieu de damnation ; c'est cet enfermement dans la mort qui est signifié par l'expression "deuxième mort". C'est celle-là seule qui peut séparer l'homme de son Dieu, et non pas la simple fin de la vie terrestre qui, en langage chrétien, est exprimée en terme de repos.

 

 

Sainte lectio divina.

 

Christophe de DREUILLE

 

 

LUNDI 16 AVRIL 2012

 

Pour accompagner et faciliter notre accueil de ce premier chapitre de l'Apocalypse, nous vous proposons de décrypter les images utilisées pour vous familiariser avec ces symboles qui occupent une grande place dans ce genre littéraire.

 

 

Jean, aux sept Eglises d'Asie. 

 

L'Asie dont il est question ici correspond à la province romaine qui a pour ville principale Ephèse. Elle se trouve dans la partie occidentale de la Turquie actuelle. Jean s'adresse à 7 communuautés chrétiennes de cette province. Le nombre 7 exprimant la totalité, au-delà de ces 7 Eglises particulières, il s'agit bien d'un message destiné à toute l'Eglise. Cela souligne la dimension communautaire, ecclésiale du salut et de la vie chrétienne. 

 

Grâce et paix vous soient données 

 

La salutation initiale est attribuée habituellement à celui qui écrit, mais ici, c'est Dieu qui en est la source. Ce Dieu est décrit dans son mystère trinitaire : 

 

par "Il est, Il était et Il vient", 

 

Cette formule désigne ici Dieu le Père. La formule déploie le "Je suis" qui est la révélation du Nom du Seigneur en Ex 3,14. Le Père est au-delà du temps. Il domine la création et l'histoire des hommes.

 

par les sept Esprits présents devant son trône

 

Cette formule désigne l'Esprit Saint en sa plénitude (cf. valeur du nombre 7). Ce nombre 7 prépare aussi les lettres aux 7 Eglises. Comme à la Pentecôte, c'est une part de cet Unique Esprit qui repose sur chaque Eglise particulière. 

 

et par Jésus Christ, 

 

Jésus arrive en dernier, car Jean souhaite développer les titres qui lui sont attribués. Il s'agit pour les chrétiens éprouvés de se décentrer d'eux-mêmes pour fixer leurs regards sur le Christ, source de leur foi et de leur espérance.

 

le témoin fidèle, le Premier-né d'entre les morts, le Prince des rois de la terre. Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang

 

Ces titres déploient le mystère pascal : le Christ a souffert sa Passion, il est mort (le "témoin fidèle", cf. Ps 89,38), il est ressuscité, il est glorifié. 

 

Il nous a sauvés par son amour, il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père: à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.

 

ainsi sont désignés les destinatires de l'Apocalypse. Leur nouvelle "identité" est d'être sauvés, aimés, et de former cette royauté de prêtres qui était annoncée en Ex 19,6 et qui consiste avec le Christ et en lui à présenter le monde au Père.

 

Voici, il vient avec les nuées; chacun le verra, même ceux qui l'ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. 

 

Ce sont deux références à des textes de l'Ancien Testament : "les nuées" sont évoquées en Dn 7 et annoncent la vision du Fils d'homme qui suivra dans ce chapitre 1 de l'Apocalypse. "ceux qui l'ont transpercé..." : cette allusion au côté transpercé du Christ en croix est une citation de Za 12,10.14. Jésus, dans son mystère pascal, accomplit toutes les Ecritures.

 

Oui, Amen! Je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, "Il est, Il était et Il vient", le Maître-de-tout.

 

Ces titres qui désignaient Dieu le Père sont maintenant attribués au Christ. Les chrétiens peuvent contempler le Christ glorifié comme la deuxième personne de la Trinité. 

 

Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l'épreuve, la royauté et la constance, en Jésus. Je me trouvais dans l'île de Patmos, à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus. 

 

Jean était soit exilé, soit emprisonné, sur l'île de Patmos, au large d'Ephèse à cause de la persécution qui frappait les croyants, probablement la persécution de l'Empereur Domitien, en 96 ap. JC.

 

Je tombai en extase, le jour du Seigneur, 

 

C'est le dimanche, jour de la résurrection du Christ, premier jour de la semaine. Jour où les chrétiens se rassemblent pour célébrer le mystère pascal du Christ

 

et j'entendis derrière moi une voix clamer, comme une trompette

 

Cela évoque la puissance de la Parole de Dieu. Les trompettes avaient une fonction liturgique dans les célébrations évoquées dans la Bible (un peu comme nos grandes orgues).

 

m'étant retourné, je vis sept candélabres d'or, et, au milieu des candélabres, comme un Fils d'homme revêtu d'une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or. 

 

La vision du Fils d'homme renvoie à Dn 7,13. Le "comme" qui revient à plusieurs reprises dans ces versets exprime une nouveauté qu'on ne peut décrire qu'imparfaitement à partir de ce qui est déjà connu. Le Christ qui est manifesté à Jean apparaît à la fois comme homme et comme Dieu. La robe évoque la tenue des grands prêtres et la ceinture le pouvoir royal. 

 

Sa tête, avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche, comme de la neige, 

 

Evoque la transfiguration et plus encore la résurrection du Christ.

 

ses yeux comme une flamme ardente, ses pieds pareils à de l'airain précieux que l'on aurait purifié au creuset, 

 

Les yeux sont les symboles de la connaissance. Le Christ est celui qui connaît le coeur de l'homme.

 

sa voix comme la voix des grandes eaux. 

 

C'est la puissance de la Parole de Dieu.

 

Dans sa main droite il a sept étoiles,

 

La main symbolise l'action. la "droite" évoque l'action au bénéfice de quelqu'un, la bénédiction. Le Christ est donc capable d'agir pour le bien de son Eglise, il la comble de sa bénédiction. 

 

et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant; 

 

Cela évoque la Parole de Dieu, dont l'Epître aux Hébreux (He 4,12-13) dit qu'elle est vivante et plus incisive qu'un glaive à deux tranchants. Le glaive qualifie donc la Parole comme celle qui ne reste pas en surface, mais veut gagner le plus profond de notre coeur. Les deux tranchants évoquent les deux dimensions de la Parole de Dieu : parole de conversion et parole de bénédiction.

 

et son visage, c'est comme le soleil qui brille dans tout son éclat. 

 

C'est le même symbolisme que la tête avec les cheveux blancs. Le Christ ressucité se manifeste dans la gloire divine. 

 

A sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort; mais il posa sur moi sa main droite en disant: "Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l'Hadès. 

 

Le Christ se manifeste à une Eglise persécutée. Il se présente comme la source de l'espérance des chrétiens éprouvés. Il est non seulement passé par la mort, mais il en est vainqueur. 

 

Ecris donc ce que tu as vu: le présent et ce qui doit arriver plus tard. 

 

La Bonne Nouvelle du Salut permet de vivre dans le "présent". Elle ouvre également un avenir à celui qui se voit menacé; elle se fait donc aussi promesse : "ce qui doit arriver plus tard".

 


 


 

 

Deux grands messages font partie de ce chapitre 1 de l'Apocalypse : 

 

– la dimension ecclésiale de la vie chrétienne. L'importance de l'Eglise, de nos communautés. Le chréiten ne vit pas tout seul de sa foi. C'est avec toute une communauté qu'il peut à la fois en vivre et en porter témoignage. 

 

– l'insistance sur la contemplation du Christ, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité, vivant et victorieux, source de notre vie, de notre foi et de notre espérance. 

 

Sainte lectio divina

 

Christophe de DREUILLE

 

DIMANCHE 15 AVRIL 2012 – DIMANCHE DE LA MISÉRICORDE

 

Jésus Christ nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang (Ap 1,5)

 

Donne, Seigneur, donne le salut

Donne, Seigneur, donne la victoire (Ps 117 – de la messe de ce dimanche)

 

Tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Ce qui nous fait vaincre le monde, c'et notre foi (1 Jn 5 – lecture de la messe de ce dimanche)

 

La Paix soit avec vous.

Mon Seigneur et mon Dieu (Jn 20 – Evangile de ce dimanche)

 

Dans la joie de Pâques, en ce dimanche de la miséricorde, nous commençons un nouveau parcours de lectio divina. C'est le Temps pascal qui a orienté notre choix vers les premiers chapitres du Livre de l'Apocalypse.

 

En effet ce livre, dont le style peut déconcerter et que les nombreux contresens peuvent rendre hermétique, se présente pourtant comme l'annonce de la Bonne Nouvelle du Salut pour les croyants plongés dans un monde qui n'est pas encore transfiguré. Il s'agit pour les chréitens de tenir leur place en ce monde tel qu'il est, de donner leur témoignage, de rendre compte de leur espérance, même dans les contradictions. 

 

La communuté chrétienne située dans la Province d'Ephèse était en effet à l'époque confrontée à la persécution, probablement celle décidée par l'empereur romain Domitien à la fin du 1er siècle. Parallèlement à cette épreuve, les communautés chrétiennes sont confrontés à des risques de divisions internes. Elles doivent donc tout à la fois se convertir continuellement et tenir bon dans les tempêtes venues de l'Empire romain. Le style très symbolique de l'écriture de saint Jean demande à avoir les clefs pour interpréter et déchiffrer son message. C'est le signe qu'il n'est pas toujours évident de déchiffrer le message de la Bonne Nouvelle du Salut quand nous sommes éprouvés. Il nous faut des clefs. Ce sont celles que nous donne le Christ ressuscité : "n'ayez pas peur".

 

Notre parcours de lectio divina : il se déploie en deux temps. Tout d'abord, durant 15 jours, nous privilégions la LECTURE de ces textes, avec la plus grande disponibilité possible, sous la conduite de l'Esprit Saint. Il s'agit de les découvrir ou de les redécouvrir. Il s'agit de les recevoir sans les préjugés ou présupposés que nous pouvons avoir sur un tel texte. 

 

Nous pouvons alors contempler dans ces versets ce que le Seigneur nous révèle de lui-même. La méditation de ces textes se déploiera ensuite, à partir du 29 avril, dans la deuxième et troisième lecture de ces passages. Pour la Parole de Dieu de ce jour par exemple, Ap 1, 1 - 8, nous pouvons nous attacher à recevoir tous ces titres que Jean donne du Christ.

 


 

Pour introduire cette lecture, nous vous proposons quelques mots de présentation issus d'une catéchèse de Benoît XVI :

 

L'Apocalypse fait référence au nom de Jean, à quatre reprises (cf. 1, 1.4.9; 22, 8). Il est évident que l'Auteur, d'une part, n'avait aucun motif pour taire son propre nom et, de l'autre, savait que ses premiers lecteurs pouvaient l'identifier avec précision. Nous savons par ailleurs que, déjà au III siècle, les chercheurs discutaient sur la véritable identité anagraphique du Jean de l'Apocalypse. Quoi qu'il en soit, nous pourrions également l'appeler "le Voyant de Patmos", car sa figure est liée au nom de cette île de la Mer Egée, où, selon son propre témoignage autobiographique, il se trouvait en déportation "à cause de la Parole de Dieu et du témoignage pour Jésus" (Ap 1, 9). C'est précisément à Patmos, "le jour du Seigneur... inspiré par l'Esprit" (Ap 1, 10), que Jean eut des visions grandioses et entendit des messages extraordinaires, qui influencèrent profondément l'histoire  de  l'Eglise et la culture occidentale tout entière. C'est par exemple à partir du titre de son livre - Apocalypse, Révélation - que furent introduites dans notre langage les paroles "apocalypse, apocalyptique", qui évoquent, bien que de manière inappropriée, l'idée d'une catastrophe imminente.

Le livre doit être compris dans le cadre de l'expérience dramatique des sept Eglises d'Asie (Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée), qui vers la fin du I siècle durent affronter des difficultés importantes - des persécutions et également des tensions internes - dans leur témoignage  au  Christ.  Jean  s'adresse à elles en faisant preuve d'une vive sensibilité pastorale à l'égard des chrétiens persécutés, qu'il exhorte à rester solides dans la foi et à ne pas s'identifier au monde païen si fort. Son objet est constitué en définitive par la révélation, à partir de la mort et de la résurrection du Christ, du sens de l'histoire humaine. La première vision fondamentale de Jean, en effet, concerne la figure de l'Agneau, qui est égorgé et pourtant se tient debout (cf. Ap 5, 6), placé au milieu du trône où Dieu lui-même est déjà assis. A travers cela, Jean veut tout d'abord nous dire deux choses:  la première est que Jésus, bien que tué par un acte de violence, au lieu de s'effondrer au sol, se tient paradoxalement bien fermement sur ses pieds, car à travers la résurrection, il a définitivement vaincu la mort; l'autre est que Jésus, précisément en tant que mort et ressuscité, participe désormais pleinement au pouvoir  royal et salvifique du Père. Telle est la vision fondamentale. Jésus, le Fils de Dieu, est sur cette terre un agneau sans défense, blessé, mort. Toutefois, il se tient droit, il est debout, il se tient devant le trône de Dieu et participe du pouvoir divin. Il a entre ses mains l'histoire du monde. Et ainsi, le Voyant veut nous dire:  Ayez confiance en Jésus, n'ayez pas peur des pouvoirs opposés, de la persécution! L'Agneau blessé et mort vainc! Suivez l'Agneau Jésus, confiez-vous à Jésus, prenez sa route! Même si dans ce monde, ce n'est qu'un Agneau qui apparaît faible, c'est Lui le vainqueur!

L'une des principales visions de l'Apocalypse a pour objet cet Agneau en train d'ouvrir un livre, auparavant fermé par sept sceaux que personne n'était en mesure de rompre. Jean est même présenté alors qu'il pleure, car l'on ne trouvait personne digne d'ouvrir le livre et de le lire (cf. Ap 5, 4). L'histoire reste indéchiffrable, incompréhensible. Personne ne peut la lire. Ces pleurs de Jean devant le mystère de l'histoire si obscur expriment peut-être le sentiment des Eglises asiatiques déconcertées par le silence de Dieu face aux persécutions auxquelles elles étaient exposées à cette époque. C'est un trouble dans lequel peut bien se refléter notre effroi face aux graves difficultés, incompréhensions et hostilités dont souffre également l'Eglise aujourd'hui dans diverses parties du monde. Ce sont des souffrances que l'Eglise ne mérite certainement pas, de même que Jésus ne mérita pas son supplice. Celles-ci révèlent cependant la méchanceté de l'homme, lorsqu'il s'abandonne à l'influence du mal, ainsi que le gouvernement supérieur des événements de la part de Dieu. Eh bien, seul l'Agneau immolé est en mesure d'ouvrir le livre scellé et d'en révéler le contenu, de donner un sens à cette histoire apparemment si souvent absurde. Lui seul peut en tirer les indications et les enseignements pour la vie des chrétiens, auxquels sa victoire sur la mort apporte l'annonce et la garantie de la victoire qu'ils obtiendront eux aussi sans aucun doute. Tout le langage fortement imagé que Jean utilise vise à offrir ce réconfort.

Au centre des visions que l'Apocalypse  présente,  se  trouvent  également celles très significatives de la Femme qui accouche d'un Fils, et la vision complémentaire du Dragon désormais tombé des cieux, mais encore très puissant. Cette Femme représente Marie, la Mère du Rédempteur, mais elle représente dans le même temps toute l'Eglise, le Peuple de Dieu de tous les temps, l'Eglise qui, à toutes les époques, avec une grande douleur, donne toujours à nouveau le jour au Christ. Et elle est toujours menacée par le pouvoir du Dragon. Elle apparaît sans défense, faible. Mais alors qu'elle est menacée, persécutée par le Dragon, elle est également protégée par le réconfort de Dieu. Et à la fin, cette Femme l'emporte. Ce n'est pas le Dragon qui gagne. Voilà la grande prophétie de ce livre qui nous donne confiance. La Femme qui souffre dans l'histoire, l'Eglise qui est persécutée, apparaît à la fin comme une Epouse splendide, figure de la nouvelle Jérusalem, où il n'y a plus de larmes, ni de pleurs, image du monde transformé, du nouveau monde, dont la lumière est Dieu lui-même, dont la lampe est l'Agneau.

C'est pour cette raison que l'Apocalypse de Jean, bien qu'imprégnée par des références continues aux souffrances, aux tribulations et aux pleurs - la face obscure de l'histoire -, est tout autant imprégnée par de fréquents chants de louange, qui représentent comme la face lumineuse de l'histoire. C'est ainsi, par exemple, que l'on lit la description d'une foule immense, qui chante presque en criant:  "Alléluia! le Seigneur notre Dieu a pris possession de  sa royauté, lui, le Tout-Puissant. Soyons dans la joie, exultons, rendons-lui gloire, car voici les noces de l'Agneau. Son épouse a revêtu ses parures" (Ap 19, 6-7). Nous nous trouvons ici face au paradoxe chrétien typique, selon lequel la souffrance n'est jamais perçue  comme  le dernier mot, mais considérée comme un point de passage vers le bonheur, étant déjà même mystérieusement imprégnée par la joie qui naît de l'espérance. C'est précisément pour cela que Jean, le Voyant de Patmos, peut terminer son livre par une ultime aspiration, vibrant d'une attente fervente. Il invoque la venue définitive du Seigneur:  "Viens, Seigneur Jésus!" (Ap 22, 20). C'est l'une des prières centrales de la chrétienté naissante, également traduite par saint Paul dans la langue araméenne:  "Marana tha". Et cette prière, "Notre Seigneur, viens!" (1 Co 16, 22), possède plusieurs dimensions. Naturellement, elle est tout d'abord l'attente de la victoire définitive du Seigneur, de la nouvelle Jérusalem, du Seigneur qui vient et qui transforme le monde. Mais, dans le même temps, elle est également une prière eucharistique:  "Viens Jésus, maintenant!". Et Jésus vient, il anticipe son arrivée définitive. Ainsi, nous disons avec joie au même moment:  "Viens maintenant, et viens de manière définitive!". Cette prière possède également une troisième signification:  "Tu es déjà venu, Seigneur! Nous sommes certains de ta présence parmi nous. C'est pour nous une expérience joyeuse. Mais viens de manière définitive!". Et ainsi, avec saint Paul, avec le Voyant de Patmos, avec la chrétienté naissante, nous prions nous  aussi:  "Viens, Jésus! Viens, et transforme le monde! Viens dès aujourd'hui et que la paix l'emporte!". Amen!

 

 

Sainte lectio divina en ce Temps pascal

 

Christophe de DREUILLE

 

MARDI 10 AVRIL – SEMAINE DE L'OCTAVE DE PÂQUES

 

Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures (Lc 24,32).

 

 

Rencontre de Jésus avec les Disciples d’Emmaüs  (Lc 24, 13 – 35)

 

Une synthèse et une charnière

Rédigé avec un soin particulier, ce récit tire son importance de sa double fonction : il récapitule l’ensemble du parcours évangélique en soulignant l’accomplissement des Ecritures dans le mystère pascal du Christ ; il inaugure, avant même que cela ne soit développé dans les Actes des Apôtres, le « temps de l’Eglise ». Une question domine l’ensemble du récit : celle de la présence de Jésus après sa mort et de la qualité du regard qui permet aux disciples de la discerner. Le texte commence à jouer sur l’opposition absence / présence, pour orienter finalement le lecteur vers la forme de présence : visible / invisible. Luc rappelle aux croyants que la présence de Jésus à son Eglise est désormais invisible, mais reconnaissable par la méditation de l’Ecriture et la « fraction du pain », c’est-à-dire l’Eucharistie.

Lorsque Jésus est visible à leurs yeux de chair, les disciples le croient absent, mort. C’est lorsque Jésus disparaîtra à leurs regards, qu’ils le reconnaîtront présent.

En chemin

La construction narrative de ce texte place stratégiquement les lecteurs du côté de Jésus et les invite à scruter, tout au long de l’évolution du récit, à quel moment et de quelle manière les deux disciples parviendront à reconnaître celui qui marche à leur côté et se laisse inviter chez eux.

La rencontre se fait sur la route, et la reconnaissance, à la maison. Le chemin, thème cher à Luc, est le lieu privilégié de la conversion et du « cheminement » intérieur. Le dialogue qui s’instaure alors offre deux regards croisés sur la mission de Jésus. La conception que s’en font les disciples, est conforme à ce que connaît déjà le lecteur de l’Evangile, mais auquel il manque l’essentiel : le témoignage du Christ ressuscité. D’autre part, dans la bouche de Jésus, nous trouvons une relecture des Ecritures qui fournit le critère permettant de révéler la glorification du crucifié.

La reconnaissance

« A qui d’entre nous l’auberge d’Emmaüs n’est-elle pas familière ? ». François Mauriac comme Le Caravage ou Rembrandt ne s’y sont pas trompés qui ont mis en valeur le moment de la reconnaissance lors du don que Jésus fait à ses hôtes à la maison. La tristesse qui voilait le regard des disciples au début du récit se change alors en joie communicative. Le parcours à travers les Ecritures que Jésus avait proposé sur la route s’accomplit dans la « fraction du pain ». Le don usurpé par Adam et Eve (en Gn 3), devient le don de l’Eucharistie offert par Jésus à des disciples qui ne s’en emparent plus mais le reçoivent. Comme à l’origine de l’humanité, ici les yeux s’ouvrent, mais ce n’est plus sur le dénuement et la vanité, mais sur la plénitude d’une présence qui n’a plus besoin du support de la visibilité.

La reconnaissance

Saint Luc a écrit un texte, bâti sur le même schéma, dans les Actes des Apôtres : il s’agit de la rencontre du disciple Philippe avec le haut fonctionnaire éthiopien. Même rencontre sur la route, même importance donnée au témoignage des Ecritures (avec la citation du chant du Serviteur souffrant d’Isaïe), même catéchèse, même conclusion : le sacrement (eucharistie en Lc 24 et baptême en Ac 8). La grande différence entre les deux textes : en Lc 24, c’est Jésus qui conduit les disciples à la foi dans le Ressuscité présent ; dans les Actes, c’est désormais le disciple, le croyant, l’Eglise qui a cette mission d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut et de conduire à la Vie nouvelle dans le Christ ressuscité.

 

Commentaire de Benoît XVI (Verbum Domini, § 54-55)

Le récit de Luc sur les disciples d’Emmaüs nous permet de progresser dans la réflexion sur le lien entre la Parole et la fraction du pain (cf. Lc 24, 13-35). Jésus alla à leur rencontre le jour après le sabbat, écouta l’expression de leur espérance déçue, et, devenant leur compagnon de route, «il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait» (24, 27). Les deux disciples commencent à scruter d’une manière nouvelle les Écritures en présence de ce voyageur qui, de façon inattendue, se montre si proche de leur vie. Ce qui est arrivé en ces jours-là n’apparaît plus comme un échec, mais comme un accomplissement et un nouveau départ. Toutefois, ces paroles ne semblent pas encore satisfaire les disciples. L’Évangile de Luc nous dit que « leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent » (24, 31), seulement quand Jésus prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna, alors qu’auparavant, «leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas» (24, 16). La présence de Jésus, d’abord à travers ses paroles, puis avec le geste de la fraction du pain, a permis aux disciples de le reconnaître ; ils purent éprouver d’une manière nouvelle ce qu’ils avaient précédemment vécu avec lui: « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » (24, 32).

Ces récits montrent comment l’Écriture elle-même conduit à appréhender son lien indissoluble avec l’Eucharistie. « C’est pourquoi il faut toujours avoir présent à l’esprit que la Parole de Dieu, lue et annoncée par l’Église dans la liturgie, conduit au sacrifice de l’Alliance et au banquet de la grâce, c’est-à-dire à l’Eucharistie ».193 La Parole et l’Eucharistie sont corrélées intimement au point de ne pouvoir être comprises l’une sans l’autre: la Parole de Dieu se fait chair sacramentelle dans l’événement eucharistique. L’Eucharistie nous ouvre à l’intelligence de la Sainte Écriture, comme la Sainte Écriture illumine et explique à son tour le Mystère eucharistique. En effet, sans la reconnaissance de la présence réelle du Seigneur dans l’Eucharistie, l’intelligence de l’Écriture demeure incomplète. C’est pourquoi, « la Parole de Dieu et le Mystère eucharistique ont toujours et partout reçu de l’Église non pas le même culte mais la même vénération. C’est ce qu’elle a établi, poussée par l’exemple de son Fondateur, en ne cessant jamais de célébrer son Mystère pascal, en se réunissant pour “lire dans toute l’Écriture, ce qui le concernait” (Lc 24, 27), et pour réaliser l’œuvre du salut par le mémorial du Seigneur et les Sacrements ».

 

 

Sainte lectio divina en ces jours de Pâques.

 

Christophe de DREUILLE

 

DIMANCHE 8 AVRIL – JOUR DE PÂQUES

 

Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts? Il n'est pas ici; mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous avait parlé... et elles se rappelèrent ses Paroles (Lc 24,5-7).

 

Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures (Lc 24,32).

 

Il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Ecritures (Lc 24,45).

 

Nous vous souhaitons de très saintes fêtes de Pâques. Toute la semaine qui commence aujourd'hui est la grande semaine de Pâques, cette "octave" pendant laquelle nous célébrons, pendant 8 jours, l'unique jour de la glorification du Christ, et de notre glorification dans celle du Christ. Pour notre lectio divina quotidienne, nous avons choisi de vous proposer le chapitre 24 de l'Evangile de Jésus Christ selon saint Luc. Il insiste sur l'accomplissement de la Parole de Dieu dans la lumière du Ressuscité. Entre l'annonce de la Résurrection du Christ et sa proclamation à toutes les nations, se trouve l'admirable rencontre de Jésus ressuscité avec les Disciples d'Emmaüs. 

 

En ce grand jour, nous vous proposons deux textes de méditation : 

 

– Tout d'abord, un passage du Message de Benoît XVI pour les JMJ 2012, qui insiste sur ce Jour de Pâques comme la source du Dimanche, le Premier jour de la semaine : 

 

La liturgie est par excellence le lieu où s’exprime cette joie que l’Eglise puise dans le Seigneur et transmet au monde. Ainsi chaque dimanche, dans l’Eucharistie, les communautés chrétiennes célèbrent le Mystère central du Salut : la mort et la résurrection du Christ. C’est le moment fondamental du cheminement de tout disciple du Seigneur, où se rend visible son Sacrifice d’amour. C’est le jour où nous rencontrons le Christ Ressuscité, où nous écoutons sa Parole et nous nourrissons de son Corps et de son Sang. Un Psaume proclame : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie ! » (Ps 117, 24). Et dans la nuit de Pâques, l’Eglise chante l’Exultet, expression de joie pour la victoire du Christ Jésus sur le péché et sur la mort : « Exultez de joie, multitude des anges... sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feux... entends vibrer dans ce lieu saint l’acclamation de tout un peuple ! ». La joie chrétienne naît de se savoir aimé d’un Dieu qui s’est fait homme, qui a donné sa vie pour nous, a vaincu le mal et la mort ; et c’est vivre d’amour pour lui. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, jeune carmélite, écrivait : « Jésus, ma joie, c’est de t’aimer ! » (Pn 45, 21 janvier 1897).

 

Un des plus anciens cantiques chrétiens (Odes de Salomon, début du 2e siècle), qui met des paroles sur les lèvres du Christ ressuscité :

 

 

Ceux qui ne m'ont pas reconnu n'en ont pas bénéficié ;

j'ai été caché pour ceux qui ne me possédaient pas.

Je suis auprès de ceux qui m'aiment.

Tous mes persécuteurs sont morts ;

ceux qui me savaient vivant m'ont cherché.

Je suis ressuscité, je suis avec eux,

je parle par leur bouche.

Ils ont repoussé ceux qui les persécutent ;

sur eux j'ai jeté le joug de mon amour.

Comme le bras du fiancé sur sa fiancée (cf Ct 2,6),

ainsi est mon joug sur ceux qui me connaissent.

Comme la tente des fiançailles est dressée chez le fiancé,

mon amour protège ceux qui croient en moi.

 

Je n'ai pas été réprouvé,

quand même j'ai semblé l'être.

Je n'ai pas péri,

bien qu'ils l'aient imaginé.

Le séjour des morts m'a vu

et il a été vaincu,

la mort m'a laissé partir,

et beaucoup avec moi.

J'ai été pour elle fiel et vinaigre ;

je suis descendu avec elle, dans son séjour,

autant qu'il avait de profondeur.

La mort s'est relâchée,

elle n'a pas pu supporter mon visage.

 

J'ai tenu parmi ses morts

une assemblée de vivants (1P3,19;4,6).

Je leur ai parlé avec des lèvres vivantes,

en sorte que ma parole n'ait pas été pas vaine.

Ils ont couru vers moi ceux qui étaient morts ;

ils ont crié et dit : « Aie pitié de nous,

Fils de Dieu, agis avec nous selon ta grâce.

Fais-nous sortir des liens des ténèbres,

ouvre-nous la porte, que nous sortions vers toi.

Nous voyons que notre mort

ne s'est pas approchée de toi.

Soyons délivrés, nous aussi avec toi,

car tu es notre Sauveur ».

 

Pour moi j'ai entendu leurs voix,

leur foi, je l'ai recueillie en mon coeur

Sur leurs fronts je traçais mon nom (Ap 14,1) ;

ils sont libres et ils m'appartiennent.

Alléluia ! 

 


Sainte lectio divina en ce grand Jour de Pâques.

 

Christophe de DREUILLE

DIMANCHE 1er AVRIL 2012 – DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION

 

Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur ton Dieu t'a fait faire pendant 40 ans dans le désert

L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur

Le Seigneur ton Dieu te conduit vers un heureux pays

Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras le Seigneur ton Dieu qui t'a fait sortir du pays de servitude (Dt 8)

 

En ce dimanche qui ouvre la Semaine Sainte, nous avons entendu le Serviteur d'Isaïe (Is 50 – 1ère lecture) témoigner de son accueil quotidien de la Parole de Dieu. Sa fidélité peut soutenir la nôtre pour que nous suivions, en Serviteurs du Seigneur, le Christ dans le don de sa vie : 

 

La Parole me réveille chaque matin,

chaque matin elle me réveille

pour que j'écoute comme celui qui se laisse instruire.

Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille.

 


 

Nous entrons, avec ce Dimanche des Rameaux, dans les 15 jours décisifs, au coeur de notre foi, sommet de l'année liturgique : deux semaines nous sont donnés pour célébrer le mystère pascal du Christ, deux semaines pour nous unir au Christ qui nous ouvre le chemin vers le Père et nous offre la vie véritable dans le don de la sienne. 

Il est habituel de souligner l'importance de la Semaine Sainte. Mais il ne faudrait pas oublier non plus l'octave de Pâques qui nous permet de célébrer pendant 8 jours la victoire du Christ sur la mort, la Résurrection qui devient le commencement de la création nouvelle. 

 


 
Pour vivre la lectio divina quotidienne durant la Semaine Sainte, nous vous proposons plusieurs parcours au choix : 

 

Poursuivre notre parcours en Dt 1-8 : les chapitres 7 et 8 contiennent la suite du discours catéchétique de Moïse, invitant le peuple à faire mémoire de la présence du Seigneur déjà dans le temps de sa marche au désert, durant 40 ans, et à se préparer à entrer en Terre Promise. Cette Terre Promise, lieu du repos en présence du Seigneur, peut être relue à la lumière du NT comme la vie nouvelle que le Christ ressuscité offre aux croyants.

 

– Suivre le parcours spécifique que nous vous proposons pour la Semaine Sainte, à partir d'Is 52-53, le 4e poème du Serviteur du Seigneur. C'est en effet le texte de l'Ancien Testament le plus important pour entrer dans la signification de la Passion et de la Mort du Christ. En complément, nous vous proposons quelques méditations de la Tradition chrétienne sur ce mystère pascal que cette semaine nous permet de vivre pas à pas.

 

– Pour ceux qui veulent (et peuvent) prendre plus de temps de prière durant le Triduum Pascal, sous forme d'un temps de retraite, vous pouvez trouver sur le site (lectio divina thématiques) un choix de plusieurs textes bibliques et leurs commentaires pour le Jeudi Saint, le Vendredi Saint, le Samedi Saint (cf. fichier pdf à télécharger). Vous trouverez aussi une proposition de Chemin de Croix (cf. fichier pdf à télécharger).

 

 

Pour l'octave de Pâques, où pendant 8 jours nous célébrons le Jour de Pâques, nous vous proposerons la méditation du chapitre 24 de l'Evangile selon saint-Luc, qui contient en son coeur le grand texte des Disciples d'Emmaüs. 

 

 

Sainte lectio divina en ces jours de la célébration de notre Salut.

 

Christophe de DREUILLE

JEUDI 29 MARS 2012

 

Si le Seigneur s'est attaché à vous et vous a choisis... c'est par amour pour vous (Dt 7,7-8)

 

Le Seigneur t'aimera, te bénira, te multipliera (Dt 7,13)

 

Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour... je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète (Jn 15)

 

Nous poursuivons notre parcours dans la partie catéchétique du Livre du Deutéronome avec la proclamation de l'amour préférentiel du Seigneur pour son peuple. Dt 7,1-16 nous invite d'abord à l'émerveillement et à l'action de grâce pour cet amour dont nous sommes aimés; il nous invite également à la conversion : mettre en pratique la Parole que le Seigneur nous donne pour que nous choisissions de vivre dans l'alliance et que nous soyions bénis. Jésus, dans l'Evangile selon saint Jean nous rappelle que c'est cet amour qui est source de la vraie joie. 

 

Dans son message pour les Journées Mondiales de la Jeunesse de cette année (dimanche des Rameaux), Benoît XVI développe ce thème de la joie chrétienne

 

Mettre sa joie dans le Seigneur : la joie est un fruit de la foi, c’est reconnaître chaque jour sa présence, son amitié : « Le Seigneur est proche » (Ph 4,5). C’est mettre notre confiance en lui, c’est grandir dans la connaissance et dans l’amour pour lui. L’“Année de la foi”, dans laquelle nous allons bientôt entrer, nous y aidera et nous encouragera. Chers amis, apprenez à voir comment Dieu agit dans vos vies, découvrez-le caché au cœur des événements de votre quotidien. Croyez qu’il est toujours fidèle à l’alliance qu’il a scellé avec vous au jour de votre Baptême. Sachez qu’il ne vous abandonnera jamais. Et tournez souvent les yeux vers lui. Sur la croix, il a donné sa vie par amour pour vous. La contemplation d’un tel amour établit en nos cœurs une espérance et une joie que rien ne peut vaincre. Un chrétien ne peut pas être triste quand il a rencontré le Christ qui a donné sa vie pour lui.

Chercher le Seigneur, le rencontrer dans notre vie signifie également accueillir sa Parole, qui est joie pour le cœur. Le prophète Jérémie écrit : « Quand tes paroles se présentaient je les dévorais : ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur » (Jr 15,16). Apprenez à lire et à méditer l’Ecriture Sainte, vous y trouverez la réponse aux questions profondes de vérité qui habitent votre cœur et votre esprit. La Parole de Dieu nous fait découvrir les merveilles que Dieu a accomplies dans l’histoire de l’homme et elle pousse à la louange et à l’adoration, pénétrées par la joie : « Venez crions de joie pour le Seigneur,... prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits » (Ps 94, 1.6).

 


 

 
Sainte lectio divina à l'approche des fêtes pascales.
 
Christophe de DREUILLE

LUNDI 26 MARS 2012 – ANNONCIATION DU SEIGNEUR

 

Ecoute Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Que ces paroles que je te dicte aujourd'hui restent dans ton coeur (Dt 6,4-6)

 

"Voici la Servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta Parole" (Lc 1 - Evangile de la messe du jour)

 

Mon Dieu, voilà ce que j'aime : ta Loi me tient aux entrailles (Ps 40 (39))

 

Dans notre parcours quotidien de lectio divina, nous arrivons à l'un des plus grands textes du Deutéronome, le "shema Israël". Ce qui deviendra le coeur de la piété juive introduit un enseignement de type catéchétique. Ce sont ces textes que nous lisons et méditons ces jours-ci. Ils nous rappellent que l'amour du Seigneur est le coeur de la Loi. 

 

En ce jour où nous célébrons la solennité de l'Annonciation du Seigneur, nous pouvons méditer ces textes du Deutéronome en deux directions : 

 

Avec le Psaume 40 (39) de la messe de ce jour, nous pouvons contempler le "oui" du Fils à son Père, que manifeste l'incarnation du Verbe éternel. L'amour demandé au peuple de l'alliance est celui-là même qui de toute éternité unit le Fils au Père dans la communion de l'Esprit Saint.

 

– Avec le récit de l'Annonciation dans l'Evangile selon saint Luc, nous pouvons reconnaître en Marie celle qui a parfaitement accompli la Loi, qui n'a cessé de garder et de méditer la Parole du Seigneur. Sa disponibilité peut encourager la nôtre. Combien de fois a-t-elle médité ces textes du Deutéronome. Avec elle, nous méditons ces textes et nous apportons notre propre réponse ; avec son cantique d'action de grâce, le Magnificat, nous pouvons à notre tour exprimer notre prière de réponse à la Parole reçue du Seigneur.

 


 

Marie est bien modèle de la lectio divina, comme le commente Benoît XVI (Deus Caritas Est) : 

 

Magnificat anima mea Dominum", dit Marie à l’occasion de sa visite à sa cousine Elisabeth, – "Mon âme exalte le Seigneur" – (Lc 1,46). Elle exprime ainsi tout le programme de sa vie: ne pas se mettre elle-même au centre, mais faire place à Dieu, rencontré tant dans la prière que dans le service du prochain – alors seulement le monde devient bon. Marie est grande précisément parce qu'elle ne veut pas se rendre elle-même grande, mais elle veut rendre Dieu grand. Elle est humble: elle ne veut être rien d'autre que la servante du Seigneur (cf. Lc 1,38.48). Elle sait qu'elle contribue au salut du monde, non pas en accomplissant son œuvre, mais seulement en se mettant pleinement à la disposition des initiatives de Dieu. Elle est une femme d'espérance: uniquement parce qu'elle croit aux promesses de Dieu et qu'elle attend le salut d'Israël; l'ange peut venir chez elle et l'appeler au service décisif de ces promesses. C'est une femme de foi: "Heureuse celle qui a cru", lui dit Elisabeth (Lc 1,45).

 

Le Magnificat – portrait, pour ainsi dire, de son âme – est entièrement brodé de fils de l'Ecriture Sainte, de fils tirés de la Parole de Dieu. On voit ainsi apparaître que, dans la Parole de Dieu, Marie est vraiment chez elle, elle en sort et elle y rentre avec un grand naturel. Elle parle et pense au moyen de la Parole de Dieu; la Parole de Dieu devient sa parole, et sa parole naît de la Parole de Dieu. De plus, se manifeste ainsi que ses pensées sont au diapason des pensées de Dieu, que sa volonté consiste à vouloir avec Dieu. Etant profondément pénétrée par la Parole de Dieu, elle peut devenir la mère de la Parole incarnée.

 

Enfin, Marie est une femme qui aime. Comment pourrait-il en être autrement? Comme croyante qui, dans la foi, pense avec les pensées de Dieu et veut avec la volonté de Dieu, elle ne peut qu'être une femme qui aime. Nous le percevons à travers ses gestes silencieux, auxquels se réfèrent les récits des Evangiles de l'enfance. Nous le voyons à travers la délicatesse avec laquelle, à Cana, elle perçoit les besoins dans lesquels sont pris les époux et elle les présente à Jésus. Nous le voyons dans l'humilité avec laquelle elle accepte d'être délaissée durant la période de la vie publique de Jésus, sachant que son Fils doit fonder une nouvelle famille et que l'heure de sa Mère arrivera seulement au moment de la croix, qui sera l'heure véritable de Jésus (cf. Jn 2,4; 13,1). Alors, quand les disciples auront fui, elle demeurera sous la croix (cf. Jn 19,25-27); plus tard, à l'heure de la Pentecôte, ce seront les disciples qui se rassembleront autour d'elle dans l'attente de l'Esprit Saint (cf. Ac 1,14). 

 


 

Sur l'Annonciation, vous pouvez également lire le superbe et célèbre commentaire de saint Bernard, et le commentaire de Lc 1.

 

Sainte lectio divina, en ce temps du Carême.

 

Christophe de DREUILLE

MARDI 13 MARS 2012

 

Pour soutenir votre persévérance dans l'accueil quotidien de la Parole de Dieu, nous vous proposons une réflexion du Saint Père. Benoît XVI soulignait, il y a quelques jours, l'importance du silence intérieur pour accueillir avec un coeur disponible la Parole de Dieu : 

 

La dynamique entre parole et silence, qui marque la prière de Jésus pendant toute son existence terrestre, touche aussi notre vie de prière dans deux directions. La première concerne l’accueil de la parole de Dieu. Le silence intérieur et extérieur est nécessaire pour que cette parole puisse être entendue. Et ce point est particulièrement difficile pour nous, à notre époque. En effet, nous vivons dans un temps qui ne favorise pas le recueillement ; au contraire, on a parfois l’impression que l’on a peur de se détacher, même un instant, du flot de paroles et d’images qui marquent et remplissent nos journées. C’est pour cela que, dans l’exhortation Verbum Domini, j’ai rappelé la nécessité d’être éduqué à la valeur du silence : « Redécouvrir le caractère central de la Parole de Dieu dans la vie de l’Église veut dire redécouvrir le sens du recueillement et de la paix intérieure. La grande Tradition patristique nous enseigne que les Mystères du Christ sont liés au silence ; par lui seul, la Parole peut faire en nous sa demeure, comme chez Marie, qui est inséparablement la femme de la Parole et du silence » (n. 66). Ce principe – selon lequel sans le silence on ne peut pas entendre, écouter, recevoir une parole – vaut surtout pour la prière personnelle, mais aussi pour nos liturgies : pour faciliter une écoute authentique, celles-ci doivent être aussi riches de moments de silence et d’accueil non verbal. Cette observation de saint Augustin est valable encore aujourd’hui : Verbo crescente, verba deficiunt – « Quand le Verbe paraît, les paroles se taisent » (cf. Sermo 288, 5 : PL 38, 1307 ; Sermo 120, 2 : PL 38, 677). Les évangiles présentent souvent Jésus, surtout au moment des choix décisifs, se retirant seul dans un lieu à l’écart des foules et de ses disciples pour prier dans le silence et vivre son rapport filial avec Dieu. Le silence est capable de creuser un espace intérieur au plus profond de nous-mêmes, pour y faire habiter Dieu, afin que sa parole demeure en nous, pour que notre amour pour lui s’enracine dans notre esprit et dans notre cœur et anime notre vie. C’est donc la première direction : réapprendre le silence, l’ouverture à l’écoute, pour nous ouvrir à l’autre, à la parole de Dieu.

Benoît XVI – Audience du 7 mars 2012.

 

Sainte lectio divina en ce temps de carême.

 

Christophe de DREUILLE

DIMANCHE 11 MARS 2012

 

Ta Parole, Seigneur, est Parole d'alliance éternelle (cf. Ps 18 – Psaume de la messe de ce dimanche)

 

Sur le Sinaï, Dieu prononça toutes les Paroles que voici (Ex 20 – 1ère lecture de la messe de ce dimanche)

 

Nous proclamons un Messie crucifié... il est puissance de Dieu et sagesse de Dieu (1Co 1 – 2e lecture de la messe de ce dimanche)

 

Maintenant, écoute les lois et les coutumes que je vous enseigne aujourd'hui pour que vous les mettiez en pratique: afin que vous viviez (Dt 4,1 – Lectio divina de ce jour)

 

Les lectures de la messe de ce dimanche de Carême nous invitent à poursuivre la méditation, commencée au début du Carême, sur l'Alliance : cette qualité particulière et unique de relation que le Seigneur offre à son peuple dans l'amour qu'il a pour lui. Les "10 paroles", que l'on appelle souvent les "10 commandements", offertes sur le Sinaï consittuent les clauses de l'alliance, c'est-à-dire la "feuille de route" qui permet au peuple – et à tout croyant – de vivre dans cette alliance. Tel est le rôle de la Loi dans la Bible : non pas d'abord une série d'interdits, mais surtout un don qui est fait à l'homme pour que celui-ci puisse répondre concrètement à l'amour que le Seigneur lui a manifesté. La Loi est donc faite pour qualifier toutes les relations qui épanouissent l'homme : relation avec le Seigneur; relation avec les autres. 

 

L'alliance, révéle dans l'Ancien Testament, et dont le Temple de Jérusalem sera un signe, trouve son accomplissement dans le Christ et dans l'offrande qu'il a fait de lui-même par amour pour nous. Désormais, l'alliance, c'est la personne du Christ, en qui nous avons désormais libre accès auprès du Père (cf. Ep 2) et en qui nous sommes frères les uns des autres. Le geste prophétique de la purification du Temple n'a pas d'autre signification. Le Temple cède la place, dans le temps de l'accomplissement, à celui qui est le Temple véritable, vraie et définitive présence de Dieu au milieu des hommes : Jésus Christ : "en lui, dans son propre corps, habite la plénitude de la divinité" (antienne de l'Evangile de ce dimanche).

 


 

La lectio divina quotidienne de cette semaine nous permet de poursuivre la méditation du message du Deutéronome. Après la mémoire de la marche au désert, Moïse invite son peuple à faire mémoire de l'alliance conclue au Sinaï et de cette Loi que le Seigneur avait donnée à son peuple. Cette oeuvre de mémoire conduit à l'adoration du Seigneur et à l'action de grâce pour sa présence agissante; elle conduit aussi à envisager la perspective de la Terre Promise qui ne pourra vraiment être le lieu du repos que pour celui qui avance appuyé sur la Parole de Dieu révélée sur la montagne. La Terre Promise est donc liée à la mise en pratique de cette Parole. 

 

Comment mettre en oeuvre la Loi, cet enseignement de l'alliance? Par la Sagesse et la Crainte. La Sagesse est un don qui vient de Dieu pour soutenir la mise en pratique de la Parole de Dieu donnée à l'homme ; la Crainte, au sens religieux et positif du terme que nous trouvons par exemple en Si 1, est la réponse de l'homme au don de la Sagesse. 

 

Mais même lorsque le peuple sera infidèle à l'alliance, le Seigneur, lui, restera fidèle. Il accepte alors que le pécheur "revienne au Seigneur" et écoute à nouveau sa Parole (cf. Dt 4,30). En effet, "le Seigneur ton Dieu est un Dieu miséricordieux qui ne t'abandonnera ni ne te détruira, et qui n'oubliera pas l'alliance qu'il a conclue par serment avec tes Pères" (Dt 4,31).

 

En ce temps du Carême, nous sommes donc invités à méditer sur ce que le Seigneur révèle de lui-même lorsqu'il est question d'alliance. Nous pouvons aussi nous demander quel est notre rapport à la loi et comment nous recevons ces termes de "Loi", "commandement", mise en pratique"... qui sont développés en Dt 4.

 

Sainte lectio divina, en ce beau temps de notre montée vers Pâques.

Christophe de DREUILLE